La clairière

Ne pas négliger l’importance de la préparation et de la persévérance en photographie. Partir avec seulement 4 châssis grand format chargés de papiers photo incite à ne pas photographier n’importe quoi, à ne pas gâcher du temps et du papier. Mais parfois, même en ayant une idée en tête, la lumière ne se prête pas au sujet que l’on a repéré. Lors de mon premier passage dans cette clairière, la lumière était à contre jour, éclairant seulement la marre par taches et plongeant le bâtiment dans l’ombre. Une approximation à la louche de la course du soleil dans le ciel m’a indiqué que le matin serait plus propice à une belle mise en lumière. J’aurais pu me décourager, mais le lieux était suffisamment magique pour m’inciter à y retourner spécialement dans les bonnes conditions. J’y suis donc retourné deux jours plus tard, juste à temps avant le contre jour.

La photo de ce lavoir est le parfait miroir de la photo de la dernière fois au cours de laquelle je parlais de sérendipité, et qui justement a été prise de manière imprévue non loin de ce lavoir lors de ma première tentative ratée. Les contre jours peuvent parfois avoir leurs bons côtés.

(Pour ceux qui souhaiteraient se rendre dans ce minuscule havre de paix, il se situe à Curtil-Saint-Seine, dans une combe au bout du chemin qui part de l’église).


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
15 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Fond de combe

Ne pas négliger l’importance de la sérendipité en photographie. Partir avec seulement 4 chassis grand format chargés de papiers photo incite à prévoir ses lieux de recherche photographique, à avoir un but précis, une idée derrière la tête. Mais parfois (souvent ?) le meilleur arrive au détour d’un chemin, d’une combe, d’un lieu non programmé, quand la lumière frappe à contre jour les feuilles fraîchement bourgeonnées des branches et surligne les contours des hêtres. Cela me rappelle cet adage que j’oublie trop souvent : “go out and take pictures”, ainsi que le fameux conseil “wear good shoes” de David Hurn de chez Magnum. Cela me rappelle aussi mes premiers temps de découverte de la photographie, quand je partais sans but précis. De ces expéditions le nez au vent, je ramenais des images dont je ne rougirais pas aujourd’hui. C’est une bonne chose de réfléchir et de programmer ses séries et ses destinations, mais il est rare que l’heureuse combinaison des lumières et des lieux soit prévisible et se prête à l’anticipation. Se rappeler de rester ouvert à l’imprévu, même si en grand format il est mentalement difficile de sacrifier une des rares prises de vues pour une image qui n’était pas au programme.


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Le temps de la pensée

J’ai pour habitude de détester les analyses artistiques alambiquées, de celles qui ressemblent à des justifications a posteriori qui se saoulent de leurs propres mots. Pourtant je réfléchissais l’autre jour – encore – à la photographie au sténopé, au temps de pose long et à ses conséquences. J’étais occupé à faire un classement des différents temps de pose et des processus mentaux qui pouvaient y être associés. Je vous expose ici le fruit de ces réflexions, je crains qu’il ne ressemble lui aussi à une justification a posteriori, mais puisque j’en suis l’auteur, je ne parviens pas à la détester.

Pour l’immense majorité des photos que nous rencontrons, le temps de pose de la prise de vue est inférieur au quart de secondes. C’est logique : un temps de pose plus long nécessite l’utilisation d’un trépied, faute de quoi l’image sera floue. Depuis l’invention du gélatino-bromure à la fin du dix-neuvième siècle et son amélioration au début du vingtième, les films photographiques sont suffisamment sensibles pour permettre des temps poses assez courts pour la prise de vue à mains levées. Depuis ce temps, le trépied a été relégué dans l’attirail du photographe “pro”, et encore, pour des besoins spécifiques. Ainsi, les photos habituelles sont une capture de fines tranches de temps d’une fraction de seconde. Des instantanés. Que peut-il se passer mentalement pendant une fraction de secondes ? C’est le temps de la perception immédiate, de la sensation brute, physique. C’est le temps du signal nerveux, du reptilien. Même la peur n’a pas le temps de se manifester, le mouvement de recul précédera la peur qui le justifie. C’est le temps du réflexe.

Entre l’instantané et le sténopé, on trouve une catégorie intermédiaire et bâtarde : la pose longue, mais de durée modérée : seulement quelques secondes. On y trouve les photos floues, les filés, les poses nocturnes sur pied. La première différence porte sur l’utilisation d’un trépied, et le temps d’installation qu’il nécessite. C’est une préparation, une réflexion en amont. Mais la durée de la pose en elle même correspond au temps de l’émotion. En quelques secondes, on dépasse le temps de la sensation, l’émotion a pu s’installer, le cerveau mammalien s’activer. En quelques secondes, la joie, la colère peuvent s’exprimer, mais la compréhension reste balbutiante, les mots et les pensées n’ont pas le temps de s’organiser.

Enfin, nous arrivons sur les terres du sténopé sur papier, celui des poses de plusieurs minutes. À ce moment de la démonstration, vous avez bien compris que l’on arrive au stade de la pensée, de la réflexion, de la compréhension, celui du néocortex. Je sais bien que la théorie du cerveau triunique est périmée, mais autant terminer le parallèle. Après tout il s’agit d’un enfumage verbal, d’une justification a posteriori, ce ne sont pas des concepts scientifiques obsolètes qui vont m’arrêter. Donc, en plusieurs minutes vous avez le temps de vous interroger, d’imaginer. Le fil des pensées peut se dérouler, se construire. Le dialogue intérieur peut suivre son fil plus ou moins logique. Vous pouvez réfléchir à la signification – ou à l’inutilité – de ce que vous faites. Vous avez même le temps de discuter. (Au cours de cette photo de l’autre jour, quatre personnes sont venues me parler et m’interroger sur l’étrangeté et l’ancienneté de mon appareil). Le temps de la réflexion laisse aussi la place aux doutes propres aux sténopés : le cadrage sera-t-il tel qu’espéré ? l’exposition bien estimée ? Les doutes passés, si votre sagesse est suffisante, le temps restant pourra être consacré à l’imprégnation du lieu, de l’atmosphère et de l’instant. Il pourra, si vous êtes sages, être consacré à la sérénité.


Château de Mâlain
Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
4 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Saint Michel

Est-ce le printemps ? Le soleil ? La température ? Retour de la motivation avec une grande escapade à 100 mètres de chez moi. Ces chères cloches qui rythment les heures de mon quotidien. Au passage un petit test d’exposition et son impact sur le contraste : eh bien disons que ça contraste ! Peut être une possibilité d’en obtenir un cyanotype valable. Hâte de tester ça !

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
2 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

31 mars

Ce début d’année a été calme, très calme en publications. Un peu de fatigue, de grippe, d’essais ratés, de cyanotypes, de refonte de mon site pro ainsi que de réflexions de fond sur les projets à venir sont les raisons de ce silence visuel.
Mais voici la fin de la trêve avec une photo d’actualité au sténopé (peut-être un concept à explorer) : le rassemblement place de Libération contre la loi travail.
L’occasion de ressortir l’attirail en bois et ce cher vieux caffenol dont l’odeur commençait à me manquer.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
12 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Le vieil escalier

On me fit remarquer un jour que j’étais quelqu’un d’obsessionnel. Sur le coup, je me souviens très bien avoir rejeté cette idée saugrenue, non sans un fond de vexation. Aujourd’hui, après tout ce temps passé à peaufiner une méthode anachronique et chronophage, après un énième loupé de fabrication de gélatine qui n’entame aucunement ma motivation, je crois que je dois me faire à l’idée : je suis effectivement obsessionnel. C’est assez indolore (bien que ce ne soit pas forcément l’avis de mon entourage) et surtout indispensable à la bonne continuation de mes activités de photochimiste. Sans un minimum d’obsession pour l’apparition d’une image ambrée en suspension sur une plaque de verre, j’aurais lâché l’affaire depuis bien longtemps.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 60 secondes @ f/4,5
Ascorbotype : ambrotype à la gélatine artisanale, développé à l’acide ascorbique


Séchage

J’avais un peu perdu l’habitude de marcher dans les rues l’appareil à la main. Encore un peu rouillé mais ça peut revenir, et parfois il est bon de sortir (provisoirement) de ses obsessions du moment.

Canon 6D + 28mm f/1.8

Panda

Puisque tout semble à peu près calé, l’émulsion, l’exposition, le révélateur, le développement, il est temps de passer aux choses sérieuses : les portraits. Cette semaine : Anaïs en mode panda.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 3 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine artisanale