Archives 2014

Neuf minutes de route

Si je devais expliquer rationnellement pourquoi faire des photos au sténopé, je mettrais en avant les particularités des images obtenues.

La première d’entre elle serait l’aspect diffus et onirique des images. Elles ne sont pas parfaitement piquées tout simplement parce que le plus petit détail ne peut pas être plus fin que la taille du sténopé. Ce flou, comme toute autre dégradation d’une image, peut facilement être imité informatiquement. Passons donc à la particularité suivante.

Les images au sténopés ont beau ne pas être très nettes, elles ont la même netteté de 0 à l’infini. Ceci permet de cadrer des objets extrêmement proches en gardant l’infini aussi net. Intéressant. Mais les smartphones ont des capteurs tellement petits qu’ils peuvent obtenir un effet quasiment identique. Voyons la suite.

Il s’agit cette fois de l’angle de vue. Les sténopés permettent des images ultra grand angles rectilinéaires. C’est à dire que le champ de vision de l’image est très large, comme celle d’un fish eye, mais sans la déformation arrondie caractéristique. Cette particularité est plus difficile à imiter. On peut l’obtenir soit avec un fish eye et une correction informatique, soit avec un objectif très onéreux, soit en associant plusieurs images avec un logiciel d’assemblage panoramique. Complexe ou onéreux. Voilà donc un point avantageux du sténopé.

Le dernier d’entre eux est le temps de pose. Il est très long. En quoi est-ce un avantage ? Cela peut en devenir un si on met à profit cette caractéristiques pour visualiser le passage du temps. L’association d’un sténopé avec un papier négatif peu sensible permet d’obtenir des temps de pose extrêmement longs : 3 minutes en plein soleil, jusqu’à 12 minutes par temps couvert, plusieurs heures en intérieur. Difficile d’atteindre ces temps de pose avec un appareil classique. Même les filtres x1000, opaques comme des masques de soudeur, ne permettent pas de monter à plus d’une ou deux secondes en plein soleil. C’est sans doute le point le plus intéressant, amusant, mais moyennement rationnel. Une image au sténopé n’est plus un instantané, mais un enregistrement du temps. On doit attendre à côté de l’appareil. Patienter, discuter avec les curieux, j’ai même lu que certains en faisaient une méditation…

J’avoue ne pas avoir consciemment tenté de combiner toutes ces particularités dans l’image ci-dessus, mais je me suis rendu compte qu’elles y étaient presque toutes : le flou onirique, le très grand angle (environ 15mm) qui donne l’impression qu’une C3 est une grosse berline allemande, et le temps de pose de 9 minutes. Voilà qui me donne des pistes sur les prochaines images au sténopé : toujours mettre en avant une ou plusieurs de ces particularités, mettre à profit l’outil.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
9 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Énergie renouvelable

Dans la terre meuble, sous l’inquiétant bourdonnement électrique, là où les lignes haute tension se rejoignent, je mesure l’exposition et me rends compte qu’il faudrait vraiment investir dans un obturateur si je veux mettre en avant les effets de bascule et de décentrement de la photo à la chambre. À f/64 tout est net, quel est l’intérêt ? Il reste celui barbouiller le papier au pinceau une fois de retour… et de retourner sur ebay.

Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) 2 secondes @f/64
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Le tronc

Parfois, au milieu des expérimentations, il faut faire une pause et revenir un instant sur les choses qui fonctionnent. Prendre le temps de marcher dans les sous-bois un trépied à la main. Prendre le temps d’installer la chambre, de cadrer calmement. Se concentrer sur la lenteur et le plaisir de manipuler l’appareil. Rentrer, développer l’image, s’imprégner de la lumière rouge et de la naissance de l’image sous le pinceau. Puis finalement se souvenir qu’une technique ne suffit pas à elle seule à faire une photo intéressante.

Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) 5 secondes @f/4,5
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Portrait Soluble #7

Après une pause de quelques mois, voici la suite des Portraits Solubles : photos prises chez l’habitant, à la chambre photographique russe, sur papier négatif et développées au café (caffenol).
Merci à Patrick from Axolot.
Je vous conseille son site ainsi que sa chaîne youtube, dédiés aux savoirs étonnants.

Patrick
4 amis en commun
Avignon, juillet 2014

Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) @f/4,5
1 flash Elinchrom 600J
Papier Ilford RC
Développement au Caffenol CM

Psychédélisme gélatinesque

Les mises à jours sur le blog se font rares. Mon activité du moment se rapproche plus de celle d’un petit chimiste que d’un photographe. Une mise en parenthèse de créativité que je justifie par une étape nécessaire de découverte des procédés anciens, et ces derniers jours par une exploration en terrain chimique inconnu. C’est un terrain excitant, mais glissant. Le danger est d’oublier le but de la création d’image, de se cacher derrière la technique. Comme si l’exclusivité de la méthode justifiait à elle seule de prendre en photo une paire de chaussures. Je fréquente trop de groupes et de forums de photographie alternative abreuvés d’images barbantes pour ne pas connaître ce risque. L’élitisme d’un procédé ne répondra jamais à cette question majeure : qu’est-ce que j’ai à raconter ?

Ratage sur plaque de verre
Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) 20 secondes @f/4,5
Ambrotype par chimie domestique

Ambrotype #1

Pour celles et ceux qui ne me suivent pas sur les réseaux sociaux, je fais depuis quelques temps des essais d’ambrotypes modernes. Ce sont des photos sur plaque de verre, qui donnent une image positive quand elles sont placées devant un fond noir. C’est un des tout premiers procédés photographiques après le daguerréotype, il date des années 1850. Mon but était de travailler une technique modifiée qui fonctionne à la gélatine, et pas au collodion. Après moult essais, j’ai enfin un résultat qui vaut d’être blogué.

Pourquoi je m’embête avec cette vieille technique ? Sans doute pour ne pas faire comme les autres ; également et surtout pour le rendu organique, contrasté, aléatoire, vivant ; et enfin pour l’objet photographique obtenu. Je me lasse un peu des fichiers numériques égarés sur des disques durs, là il s’agit d’objets, de beaux objets en verre que l’on tient dans la main.

Que dire d’autre ?… Ah, oui : je suis content !

L’image en plus gros ici.

Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) 2 secondes @f/16
Ambrotype sur émulsion de gélatine


Peur

Peur à Semur-en-Auxois
(Canon 6D – 50mm f/1,8)

Portrait Soluble #00

Chambre FKD 13×18 cm
Industar 37 (300 mm) @f/4,5
1 flash Elinchrom 600J
Papier Ilford RC
Développement au Caffenol CM au pinceau