Archives 2015

Le vieil escalier

On me fit remarquer un jour que j’étais quelqu’un d’obsessionnel. Sur le coup, je me souviens très bien avoir rejeté cette idée saugrenue, non sans un fond de vexation. Aujourd’hui, après tout ce temps passé à peaufiner une méthode anachronique et chronophage, après un énième loupé de fabrication de gélatine qui n’entame aucunement ma motivation, je crois que je dois me faire à l’idée : je suis effectivement obsessionnel. C’est assez indolore (bien que ce ne soit pas forcément l’avis de mon entourage) et surtout indispensable à la bonne continuation de mes activités de photochimiste. Sans un minimum d’obsession pour l’apparition d’une image ambrée en suspension sur une plaque de verre, j’aurais lâché l’affaire depuis bien longtemps.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 60 secondes @ f/4,5
Ascorbotype : ambrotype à la gélatine artisanale, développé à l’acide ascorbique


Séchage

J’avais un peu perdu l’habitude de marcher dans les rues l’appareil à la main. Encore un peu rouillé mais ça peut revenir, et parfois il est bon de sortir (provisoirement) de ses obsessions du moment.

Canon 6D + 28mm f/1.8

Panda

Puisque tout semble à peu près calé, l’émulsion, l’exposition, le révélateur, le développement, il est temps de passer aux choses sérieuses : les portraits. Cette semaine : Anaïs en mode panda.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 3 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine artisanale

Guns &

Ha ! C’est parfaitement ridicule – je dois bien l’admettre – d’avoir les larmes aux yeux en sortant une plaque de verre du fixateur… Mais, quand après des mois d’essais et des dizaines de pages noircies dans mon cahier photographique, une soudaine idée apparait au milieu de la nuit, aussitôt testée et confirmée le lendemain : oui j’ai eu les larmes aux yeux en rallumant la lumière dans ma cabane. J’avais le modelé, la clarté que je n’arrivais pas à atteindre jusqu’alors. J’avais dans le même temps un temps de pose plus court qui rend les portraits envisageables. C’était donc ça : depuis le début mes plaques étaient surexposées et sous développées. Voilà un très grand pas en avant. Il y en aura d’autres (j’ai déjà des pistes à tester), mais celui-ci m’ouvre de nouvelles portes. Alors ça excuse bien quelques larmes aux yeux, que je peux si besoin mettre sur le compte de l’odeur d’ammoniac.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 3 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine artisanale

Jumping sisters

Un peu de fun dans le nouveau studio. Nos excuses à la voisine du dessous…

Canon 6D + 28mm f/1.8

Flash Elinchrom 600J
Boîte à lumière 60cm + nid d’abeille
Pas de retouche


Sous les ponts

Varions les plaisirs :  quelques grains de silicium après ceux de café soluble.

Canon 6D + 50mm f/1.4


Zumaia #2

Si les photos que nous prenons sont le reflet de notre état intérieur, ce jour de juillet 2015, je devais être mal cadré, imprécis, océanique, solitaire, pictorialiste (voir surréaliste) et flou.
Pour le cadrage aléatoire, j’expliquais sous cette photo de Rocamadour, que la visée était hasardeuse, et d’autant plus quand l’image était verticale. En voilà une belle preuve…
Pour le surréalisme, ce terme m’est venu car j’ai remarqué que Flickr s’amusait à mettre des tags automatiques sur les photos, et le terme surréalisme revient régulièrement sur ma galerie. Je ne sais pas quel algorithme visuel permet ce type de conclusion, mais ça me plait assez.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Zumaia #1

[Suite des digressions sur la prise de vue au sténopé.]
Quand on travaille au sténopé, il convient d’oublier les principes habituels de la photographie : choix du moment, isolement du sujet par le cadrage et la mise au point, tout ceci est impossible à utiliser, ou en tout cas à choisir avec précision.
Dans la photo classique, le champ de vision relativement réduit demande de réfléchir à un choix de cadre, de sélectionner la portion du monde qui nous entoure qui constituera la photo. Au sténopé grand angle, il n’y a pratiquement pas de sélection possible, c’est l’intégralité de ce qui se trouve face à l’appareil qui constituera l’image. Plus qu’un cadrage, c’est donc un endroit qu’il faut choisir : la barycentre visuel du lieu à photographier.
Dans mes photos classiques, je travaille souvent à grande ouverture, parce que j’aime obtenir une profondeur de champ réduite qui isole un élément de l’image par sa netteté ressortant du flou d’arrière plan. Au sténopé, il n’y a pas de mise au point. Tout est également net – ou peu net, c’est selon. Là encore, c’est le lieu dans son ensemble qui s’impose au sténopé, un enregistrement brut du monde alentour. Pas d’astuce possible autre que le placement le plus frontal et intégré au sujet pour le mettre en avant.
Enfin, dans la photo classiques, on choisit le moment de la prise de vue, celui-ci étant une infime tranche de temps d’une fraction de seconde. Au sténopé sur papier, la sensibilité associée à la petitesse du trou d’épingle nécessitent des temps d’exposition d’un minimum de 3 minutes en plein soleil. Il est donc impossible de figer un instant, le sténopé enregistre le passage du temps, lisse les mouvements, le glissement des nuages, le balancement des branches.
Oublier ces considérations est la cause des ratés sténopesques. Ces photos au manque d’impact, où l’on a oublié qu’il ne suffit pas de pointer la boite en bois dans une direction, mais que tout le travail est de sentir le point névralgique et le moment qui méritent d’être happés.
L’abandon de ces choix intrinsèquement liés à la photographie peut être inquiétant tant qu’on tente de garder un contrôle, mais si l’on dépasse ce cap, il devient au contraire apaisant, summum du lâché prise photographique.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau