Archives mai 2016

Transept sud

L’argent du beurre, sans faire le beurre.
On connait tous le dicton : vouloir le beurre et l’argent du beurre, ainsi que ses variantes incluant la crémière. Mais on oublie souvent ce qui précède, à savoir la fabrication du beurre. Vouloir le beurre et l’argent du beurre est une problématique de commerçant. L’ouvrier n’est pas concerné : il a d’abord le beurre à baratter. J’ai l’impression que la plupart du temps, ce n’est pas tant qu’on voudrait le beurre et l’argent du beurre. D’ailleurs, que ferait-on de tout ce beurre ? Il n’y a plus de place dans le frigo, et il faut éviter de manger trop gras, trop salé, trop sucré. Non, on ne voudrait pas les deux : on voudrait juste l’argent du beurre, mais sans avoir à faire le beurre. Le patron de la crèmerie y arrive assez bien. Mais si l’on n’est pas patron, il faut bien mettre la main à la pâte, ou dans la crème pour ce qui nous concerne. Déjà, avant d’avoir la crème, il faut traire la vache, puis écrémer le lait en le laissant reposer ou en le centrifugeant, c’est là qu’on obtient la crème. Ensuite il faut l’agiter pour inverser la phase et former le beurre. Mais on n’a pas encore terminé : il faut le laver pour le séparer du babeurre, le malaxer pour en faire une pâte homogène, puis, enfin, le mouler pour obtenir cette petite brique de gras. C’est du boulot. Dans la vraie vie, le parallèle, c’est que nous voudrions le talent sans le travail, le succès sans l’acharnement, la célébrité sans les courbettes, l’argent sans le risque, la passion sans l’isolement, la sérénité sans l’expérience, l’expérience sans l’échec. Mais ça ne fonctionne pas ainsi. Pour tout cela, il y a bien plus de phases et de temps que pour la fabrication du beurre.
Après cette démonstration lipidique, on se retrouve incidemment avec cette vieille expression encore plus rance que le beurre invendu : on n’a rien sans rien.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
3 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

La clairière

Ne pas négliger l’importance de la préparation et de la persévérance en photographie. Partir avec seulement 4 châssis grand format chargés de papiers photo incite à ne pas photographier n’importe quoi, à ne pas gâcher du temps et du papier. Mais parfois, même en ayant une idée en tête, la lumière ne se prête pas au sujet que l’on a repéré. Lors de mon premier passage dans cette clairière, la lumière était à contre jour, éclairant seulement la marre par taches et plongeant le bâtiment dans l’ombre. Une approximation à la louche de la course du soleil dans le ciel m’a indiqué que le matin serait plus propice à une belle mise en lumière. J’aurais pu me décourager, mais le lieux était suffisamment magique pour m’inciter à y retourner spécialement dans les bonnes conditions. J’y suis donc retourné deux jours plus tard, juste à temps avant le contre jour.

La photo de ce lavoir est le parfait miroir de la photo de la dernière fois au cours de laquelle je parlais de sérendipité, et qui justement a été prise de manière imprévue non loin de ce lavoir lors de ma première tentative ratée. Les contre jours peuvent parfois avoir leurs bons côtés.

(Pour ceux qui souhaiteraient se rendre dans ce minuscule havre de paix, il se situe à Curtil-Saint-Seine, dans une combe au bout du chemin qui part de l’église).


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
15 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Fond de combe

Ne pas négliger l’importance de la sérendipité en photographie. Partir avec seulement 4 chassis grand format chargés de papiers photo incite à prévoir ses lieux de recherche photographique, à avoir un but précis, une idée derrière la tête. Mais parfois (souvent ?) le meilleur arrive au détour d’un chemin, d’une combe, d’un lieu non programmé, quand la lumière frappe à contre jour les feuilles fraîchement bourgeonnées des branches et surligne les contours des hêtres. Cela me rappelle cet adage que j’oublie trop souvent : “go out and take pictures”, ainsi que le fameux conseil “wear good shoes” de David Hurn de chez Magnum. Cela me rappelle aussi mes premiers temps de découverte de la photographie, quand je partais sans but précis. De ces expéditions le nez au vent, je ramenais des images dont je ne rougirais pas aujourd’hui. C’est une bonne chose de réfléchir et de programmer ses séries et ses destinations, mais il est rare que l’heureuse combinaison des lumières et des lieux soit prévisible et se prête à l’anticipation. Se rappeler de rester ouvert à l’imprévu, même si en grand format il est mentalement difficile de sacrifier une des rares prises de vues pour une image qui n’était pas au programme.


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau