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Sous les ponts

Varions les plaisirs :  quelques grains de silicium après ceux de café soluble.

Canon 6D + 50mm f/1.4


Zumaia #2

Si les photos que nous prenons sont le reflet de notre état intérieur, ce jour de juillet 2015, je devais être mal cadré, imprécis, océanique, solitaire, pictorialiste (voir surréaliste) et flou.
Pour le cadrage aléatoire, j’expliquais sous cette photo de Rocamadour, que la visée était hasardeuse, et d’autant plus quand l’image était verticale. En voilà une belle preuve…
Pour le surréalisme, ce terme m’est venu car j’ai remarqué que Flickr s’amusait à mettre des tags automatiques sur les photos, et le terme surréalisme revient régulièrement sur ma galerie. Je ne sais pas quel algorithme visuel permet ce type de conclusion, mais ça me plait assez.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Zumaia #1

[Suite des digressions sur la prise de vue au sténopé.]
Quand on travaille au sténopé, il convient d’oublier les principes habituels de la photographie : choix du moment, isolement du sujet par le cadrage et la mise au point, tout ceci est impossible à utiliser, ou en tout cas à choisir avec précision.
Dans la photo classique, le champ de vision relativement réduit demande de réfléchir à un choix de cadre, de sélectionner la portion du monde qui nous entoure qui constituera la photo. Au sténopé grand angle, il n’y a pratiquement pas de sélection possible, c’est l’intégralité de ce qui se trouve face à l’appareil qui constituera l’image. Plus qu’un cadrage, c’est donc un endroit qu’il faut choisir : la barycentre visuel du lieu à photographier.
Dans mes photos classiques, je travaille souvent à grande ouverture, parce que j’aime obtenir une profondeur de champ réduite qui isole un élément de l’image par sa netteté ressortant du flou d’arrière plan. Au sténopé, il n’y a pas de mise au point. Tout est également net – ou peu net, c’est selon. Là encore, c’est le lieu dans son ensemble qui s’impose au sténopé, un enregistrement brut du monde alentour. Pas d’astuce possible autre que le placement le plus frontal et intégrer au sujet pour le mettre en avant.
Enfin, dans la photo classiques, on choisit le moment de la prise de vue, celui-ci étant une infime tranche de temps d’une fraction de seconde. Au sténopé sur papier, la sensibilité associée à la petitesse du trou d’épingle nécessitent des temps d’exposition d’un minimum de 3 minutes en plein soleil. Il est donc impossible de figer un instant, le sténopé enregistre le passage du temps, lisse les mouvements, le glissement des nuages, le balancement des branches.
Oublier ces considérations est la cause des ratés sténopesques. Ces photos au manque d’impact, où l’on a oublié qu’il ne suffit pas de pointer la boite en bois dans une direction, mais que tout le travail est de sentir le point névralgique et le moment qui méritent d’être happés.
L’abandon de ces choix intrinsèquement liés à la photographie peut être inquiétant tant qu’on tente de garder un contrôle, mais si l’on dépasse ce cap, il devient au contraire apaisant, summum du lâché prise photographique.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Rocamadour #2

Prendre une photo au sténopé, c’est poser une boîte en bois quasiment aveugle en face de ce que l’on veut photographier. Le cadrage procède d’un mélange de science approximative, de pifométrie analytique et d’espérance fataliste. La boîte en bois que j’utilise permet d’obtenir un très grand angle de vue. J’avais fait une fois le calcul de l’équivalent en 24×36, mais je ne suis plus très sûr de me rappeler du résultat, et ce n’est pas très parlant de toute façon. En gros l’angle correspond quasiment à tout ce qui se trouve en face de moi. Ma technique de visée a l’avantage d’être simple, et l’inconvénient de donner un air passablement idiot si l’on est observé en cours de processus. Voyez plutôt : une fois devant le sujet, il faut regarder bien en face et sans bouger la tête, puis fermer l’œil gauche et regarder où s’arrête son champ de vision sur la gauche. Ce sera le bord gauche du cadre. Comme vous l’avez maintenant deviné, il convient ensuite de procéder de même en fermant l’œil droit. On peut ainsi délimiter les bords gauche et droit du cadrage. Si vous avez tenté la manœuvre, vous avez pu constater le ridicule du clignement associé aux mouvements oculaires. C’est encore pire pour les cadrages verticaux, car il faut procéder de même, mais en penchant la tête à 90° sur le côté. Passé l’instant de malaise, ça fonctionne plutôt bien pour la cadrage horizontal une fois que l’on a aligné la boite en bois sur l’axe de la visée. Le cadrage vertical quant à lui est un peu plus aléatoire.
La suite à la prochaine photo.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Rocamadour #1

Après avoir vu La Vie est belle – le film de Capra, pas celui de Benigni – j’en viens à réfléchir pas mal, en particulier au statut d’observateur. Parmi les thèmes abordés, le film met en avant l’impact que nous avons sur la vie des autres. Georges Bailey, le héro, en a un très important : il sauve son frère de la noyade, évite une erreur à un pharmacien, sauve plusieurs fois l’entreprise de son père de la faillite, lutte contre l’influence néfaste d’un homme d’affaire. La plupart de ces actions, ils les mène à contre-cœur et au détriment de ses aspirations personnelles : parcourir le monde, construire des projets de grande envergure…
Voilà un bien bel os à ronger. Car si l’ont suit le raisonnement de Capra, la vie vaut d’être vécue de part ce que l’on apporte aux autres. Alors, que penser de l’observateur, qui, volontairement ou non, cherche à réduire son impact sur la vie d’autrui ? Que penser du rôle de témoin ? A-t-il un impact sur ceux qui l’entourent ? Peut-il les aider en témoignant, en gardant une trace ? L’observateur rate-t-il gentiment sa vie en regardant celle des autres ? J’imagine que tout ceci dépend de la façon d’observer et de ce que l’on en fait. En témoigne-t-on d’une manière qui soit utile aux autres ? qui rendent la vie meilleure que si on ne le faisait pas ? meilleure que si l’on n’était pas né (pour faire écho aux questionnements de Georges Bailey) ?

Voilà le gros os à ronger que laisse Capra, un filtre intéressant, incisif : ce que l’on prévoit de faire va-t-il rendre le monde meilleur que si l’on ne le faisait pas ? Peut-être pas le monde dans son ensemble, mais au moins le petit monde qui nous entoure. Et la question bonus qui fâche : que deviennent nos aspirations personnelles après avoir passé ce filtre ?
Insérons tout ceci au bas d’une image dans laquelle des dizaines de personnes ont défilé (dans l’escalier), sans laisser une seule trace.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Guggenheim

Un retour au sténopé et au caffenol. Un bon moyen de limiter le nombre de ses photos de vacances : neuf en tout et pour tout. J’imaginais que ce serait facile, mais la technique reste délicate, et les effets de pinceau ainsi que l’exposition subtils à gérer. L’avantage indéniable est que chacun image a son importance. Par forcément pour le spectateur, mais pour le photographe, car c’est la démarche qui reste en mémoire. Rester 5 minutes en plein soleil au pied du musée Guggenheim de Bilbao, regarder des touristes sud-américaines se prendre en selfie dans le champ de la photo en sachant que leur passage ne laissera qu’une trace impossible à distinguer sur les grains d’argent. Le sténopé, c’est enregistrer du temps et du souvenir autant que de la lumière.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Le château

Le silence visuel de ces dernières semaines s’explique par l’atterrissage en de nouveaux lieux. Plus de place pour plus de confort photographique. Il reste encore un peu de travail d’aménagement, surtout pour la partie “chambre noire”. De nouveaux lieux, mais plutôt anciens, et inspirants : le château.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 3 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine


Repérage ?

Quelques pixels au milieu des errements photo-chimiques.

Canon 6D – Canon EF 28mm f/1,8