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 Ailleurs  ( pensées / blues )

Je le sais pourtant, que j’ai tort de chercher ailleurs. C’est écrit dans tous les bouquins du rayon psychologie et développement personnel de la FNAC, ceux avec les couvertures aux tons pastels et aux titres qui sonnent comme des slogans de pub. Je l’ai lu partout. Il y a comme un consensus. Même Mireille Dumas le dit : le bonheur c’est ici et maintenant. Le baratin habituel, le sourire complaisant des animatrices édulcorées de la télé. La morale indigente des mauvais films américains. Même le Dalaï Lama envoie des mails là-dessus : vivre l’instant présent, carpe diem et cætera. Le bonheur c’est maintenant. Aujourd’hui est le dernier jour du reste de ta vie. Vivre chaque jour comme le dernier.

Je le sais, je le sais très bien. Mieux : j’en suis intimement convaincu.

J’y arrive pas.

Pourtant je les essaye les exercices de respiration, la méditation et tout et tout. J’essaye scrupuleusement d’être heureux maintenant. Et des fois ça marche. Alors, quel est le problème ? Ben ça dure pas. Je ne sais pas ce que je dois faire. Le lire et le relire jusqu’à l’écoeurement ? Est-ce que quelqu’un y arrive vraiment ? Est-ce qu’on ne cherche pas à se persuader ?

Mais en regardant les gens, en écoutant ma radio, les rares fois où j’allume ma télé. C’est foutu. Ça retombe. À quoi bon.

Petites joies grandes peines. L’ici et maintenant m’est si rarement agréable... Quelques heures par semaine ? La musique, un livre, un sourire, la ville, le soleil, un arbre, quelques instants suspendus. Et après ?

Toujours vouloir un ailleurs. Pas forcément géographique d’ailleurs. Juste autre chose, autrement. Fuir l’ennui et la médiocrité. Essayer de retenir le beau, chercher. Un autre moment, avoir le temps. Du nouveau, de l’harmonie, une forme de perfection.

Allez, c’est le printemps, profitons du soleil.

... et pendant ce temps là dans ma boîte aux lettres :


mars 2004

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