Un vieux texte d'étudiant...
Dimanche, comme d'habitude, je suis descendu du TGV et personne ne m'attendait sur le quai. Pendant tout le voyage j'avais évité une discussion banale avec mes voisins des sièges pique-nique,
sous les yeux d'un gamin qui m'observait fixement, debout dans le couloir, et s'enfuyait à chaque ouverture de la porte de la voiture. J'ai évité tout contact, plongé dans Jean-Claude Izzo, pour me mettre en condition.
Marseille, ville où personne ne m'attend et où je n'espère personne. Marseille, le soleil et la mer. Je ne suis pas passé par les marches de la gare Saint Charles, je n'ai pas voulu ce panorama sur la ville et Notre
Dame de la Garde. Il faisait gris de toute façon, et mon gros sac me sciait l'épaule.
J'ai pris le 34 direction le Merlan. La même faune qu'habituellement, mais en manteaux d'hiver et mines renfrognées. J'avais quitté Marseille fin octobre, il faisait encore chaud, les jeunes filles portaient fièrement
leurs fringues moulantes, ports de reines, très "pop star". Maintenant il fait gris et froid et au fur et à mesure que le bus s'éloigne de la mer, les façades s'élèvent et se chargent de linge qui sèche.
Merlan trompette, mon arrêt. Un nom qui chante comme les relents d'une poissonnerie à la fin du marché. Sans prêter attention aux détritus ambiants, je suis remonté dans mon blockhaus. Mon appartement m'attendait
dignement, froid et vide. J'ai remis le courant et le chauffage. Le radiateur claquait en dégageant une odeur de poussière chaude, une odeur d'hiver. J'ai remonté mon store à manivelle, mais la vue ne valait rien :
la brume me cachait les collines, là-bas derrière les HLM.
Après une après-midi molle, je me suis couché, mollement. Voilà, j'étais de retour. Marseille, un dimanche, étrangement inactive, m'accueillait froidement dans ses quartiers nord.
Depuis, les cours ont repris et la vie étudiante et ses sandwichs. Les salles informatiques bourdonnantes, le soir. Mon frigo vide à remplir. Mon voisin et les cris de ma voisine. Les doigts pleins de ketchup
de la serveuse de la brasserie du coin. Les boites de cassoulet à 13F90 de l'épicerie du quartier et des mioches qui se prennent pour des caïds en attendant de voler des autoradios. Mon studio froid et cette musique étrange et chaotique.
décembre 2001