Quelque part en France, dans une salle climatisée, des serveurs informatiques ronronnent comme des vieux chats asthmatiques. Quelque part dans l'un des disques durs de l'un de ses serveurs, une poignée de mégaoctets, une longue série de 1 et de 0 code mes éructations pseudo philosophiques, mes humeurs, mes dessins, mes quelques avis sur la question sous forme de fichiers html, jpg, gif, css, mp3.
Quelque part dans le monde quelqu'un est assis devant son ordinateur et tape des mots clés sur un moteur de recherche. Quelque part ailleurs dans le monde, des serveurs fouillent dans leurs gigantesques bases de données pour exhumer les adresses les plus pertinentes. Alors quelqu'un clique sur un lien hypertexte et arrive sur ma page.

Entre temps, multiples requêtes, calculs, classements, routeurs, adressages, codages, décodages, lignes ADSL, fibres optiques, adresses IP, zones DNS, tubes cathodiques ou diodes LCD avant que ces quelques mots et images ne s'affichent sur l'écran de ce quelqu'un quelque part dans le monde, en moins de deux secondes. Il lit quelques lignes, mais s'aperçoit rapidement que ce n'est pas ce qu'il cherche.
Alors il clique sur le bouton de retour en arrière et parcourt des yeux les autres résultats en fronçant les sourcils.
Les télécommunications modernes ont ramené les dimensions de la terre aux quelques centimètres qui séparent vos yeux de votre écran. A une époque encore si récente qu'on du mal à l'admettre, il fallait prendre sa voiture ou le bus, aller dans une bibliothèque, chercher des références de livre, fouiller dans les rayonnages, se rendre compte qu'il n'y est pas.
Demander à l'accueil pour consulter un ouvrage en magasin, le récupérer, feuilleter le sommaire, l'index, ne pas trouver, regarder à nouveau, trouver un chapitre intéressant, s'y rendre, le parcourir pour enfin voir que non, il n'y a pas ce que vous cherchez.
Aujourd'hui 95% de mes visiteurs ont, en l'espace de 3 secondes et sans quitter leur fauteuil : entré leur recherche, parcouru les résultats, cliqué vers ma page, constaté que ça ne les intéressait pas, cherché ailleurs.
Alors oui, c'est vrai, parfois quelqu'un reste un peu plus longtemps. Quelqu'un effleure les extensions de mon intellect, caresse mes idées quelques instants. Alors oui, certains m'écrivent aussi.
Mais pourtant, contrairement à tous ces "quelque part" qui font le merveilleux du net, pour ce qui est de "l'ici et maintenant" : rien.
La technologie c'est beau, j'en ai les larmes aux yeux. A moins que ce soit de me rendre compte que cette espèce de sèche cheveux/aspirateur qui soupire à mes pieds me bouffe la vie. Que les quelques espoirs de partage que j'attends de ce boîtier qui clignote et me relie "au monde" ne sont que des illusions, que désillusions.
Marrant, j'ai déjà cru lire des trucs du même genre ailleurs... pas grave.
Allez va, coupe ton ordi et retourne
irl.
juin 2004