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 Seuil d'incompétence  ( pensées / blues )

Je crois que cette fois ça y est. J’y ai mis le temps, d’amphis en TP, de stages en boulots. Ça faisait déjà un moment que je m’en approchais mais maintenant c’est sûr : j’ai atteint mon seuil d’incompétence.

La théorie du seuil d’incompétence veut que chaque personne progresse dans la hiérarchie sociale ou professionnelle au fur et à mesure qu’il prouve ses compétences. Ainsi quand on est capable de remplir une fonction, et même de faire mieux, on monte d’un cran. C’est la promotion. On monte ainsi jusqu’à parvenir au cran de trop, celui où on ne peut pas faire mieux, et accessoirement celui où on ne fait pas bien son travail (quelle horreur.) Comme en général il n’y a pas de retour en arrière, la théorie veut que la plupart des gens occupent un poste au-delà de leurs capacités. Cynique non ?

Jusqu’à maintenant je m’étais contenté de recracher des cours bien sagement digérés. Ça, j’ai toujours su faire. À contre cœur ou sans conviction mais quand même.

Je suis monté dans les "BAC+" avec en filigrane le niveau de responsabilité professionnelle qui en découlait. C’était comprit dans le prix. À plusieurs reprises, à chaque étape en fait, je me suis demandé si ça valait la peine de continuer, si j’en avais envie. Mais réussissant toujours plutôt pas mal, je me suis senti obligé : pression sociale, familiale, professorale, que sais-je encore...

Seulement voilà, il y a une différence entre être BAC+5 et être cadre. Si monsieur ! Pour moi en tout cas. Je crois que je ne suis pas fait pour.

En fait j’ai toujours repoussé l’arrêt de mes études par peur de bosser. À force de repousser j’arrive au moment où je n’ai plus le choix, c’est à dire tout au bout, là où c’est plus le pire. Me v’là donc dans la fosse aux lions et bien comme il faut. J’ai l’air malin.

Finalement la question n’est pas tellement de savoir si je vais m’en sortir, ça va bien finir par passer. En fait j’espère surtout ne jamais m’y faire, parce que me battre avec les lions c’est pas mon truc. Mais ça va peut-être finir par se voir...

mars 2002

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