Fuir. Loin et pour toujours. Fuir les gens, leurs humeurs, leurs conflits et autres mesquineries. Fuir les rapports qu'ils établissent entre eux : toujours la domination et la soumission. Et ça pour quoi ? Pour se faire une place au soleil.
Pour finir le plus riche du cimetière. Pour assouvir ses pulsions. Comme des chiens. Le chef de meute et les soumis. Soumis qui ne sont soudés qu'en apparence et sont prêts à s'entretuer quand une parcelle de pouvoir passe à leur portée.

Tout cela me fait vomir. Mais je crois que je vais quand même finir par m'y faire. Je ne sais pas résister. Ą moins de fuir. Trouver un moyen de survivre sans avoir à diriger personne, en ne suivant les ordres de personne. Lāchement.
Ni dieu ni maître... et ni esclave.
L'homme est un animal social et politique, et toutes les horreurs qui en découlent : des gens qui choisissent pour vous, décident pour vous parce qu'ils vous nourrissent. Tout ça pue, j'en ai les fringues imbibées.
Et quand je rentre chez moi je les mets à aérer sur ma fenêtre. Je crois que c'est Glenn Gould qui disait que pour une heure passée avec les gens, il en avait besoin de plusieurs tout seul. Pour s'en remettre.
La plupart des gens doivent aimer la compagnie pour ne pas avoir à penser. Car l'oisiveté est la mère de tous les vices, c'est bien connu. Mais je préfère ruminer mon aigreur seul que la baver sur les autres. Je ne veux pas me battre
contre les grandes gueules, je ne veux (et ne peux) pas m'imposer aux autres. De quel droit le ferais-je ? De quel droit les emmerderais-je comme eux le font ? On me dira sans doute que c'est un manque de maturité. C'est fort possible.
Si la maturité c'est accepter les règles du jeu, si la maturité c'est savoir mais y aller quand même, si la maturité c'est faire subir aux autres ce qu'on subit chaque jour, alors oui, je suis immature.
J'ai bien conscience que moi-même je mépriserais quelqu'un agissant comme moi. Il me ferait pitié. Mais peu importe.
Je pense assez sincèrement que je serais heureux sur une île déserte. Avec tout le confort moderne bien sûr
juillet 2003