Le commerciaux est quelqu'un que je ne peux pas comprendre. J'en côtoie quelques-uns et leurs costumes qui cassent bien sur leurs mocassins. Le commerciaux se doit de bien présenter.
Il a la classe, mais au fond de lui-même et derrière sa cravate en soie, le commerciaux est un gros bourrin.
Le commerciaux n'a pas de temps à accorder aux peigne-culs qui veulent leurs poser des questions. Le commerciaux n'aime pas qu'on lui pose des questions et il ne s'en pose pas d'ailleurs.
Dans la tête du commerciaux et ses rapports avec autrui, il y a un petit classement simple et efficace :

D'abord il y a les Dieux. Ceux qui ont une plus grosse bagnole de fonction. Dedans il y a le PDG et le directeur commercial. Le commerciaux regarde les Dieux avec respect, admiration, et,
quelque part dans sa cervelle, une jalousie inhibée. Comme un œdipe professionnel tout tordu. Le commerciaux gare en soupirant sa 307 HDi à côté de l'Audi A6 du Dieu.
La vie du commerciaux n'est pas toujours rose…
Ensuite il y a les collègues/adversaires. Ce sont les autres commerciaux. Les rapports entre eux sont complexes mais pas trop. C'est un mélange de franche camaraderie et de vile concurrence.
Ils aiment bien sortir le cul de leurs voitures pour boire un coup ensemble. Beuveries et coups de poignard dans le dos. Le commerciaux regarde son semblable avec un sourire hypocrite et dans la tête le pourcentage de ses ventes (à l'autre).
Il est fier de garer sa 307 HDi à côté de la 306 de son collègue qui ne crée pas le besoin aussi bien que lui.
Pour terminer, il y a les autres. Les pas commerciaux, c'est le grand fourre-tout. Il y a les bouzeux de la R&D, les paysans de la production, les coincés du cul de la compta,
les petits culs des secrétaires à draguer, et les stagiaires boutonneux qui vont chercher les cafés. Tous à ses ordres, au doigt et à l'œil.
Le commerciaux est fier et il parle fort. Il a un rire tonitruant, il méprise avec aisance.
Le commerciaux fait marcher la boîte, c'est son seul et unique but. Il vend et après ça n'a qu'à suivre. Ce n'est pas tellement ça qui me gêne, je m'en fous un peu de qui fait tourner la boutique.
Moi j'ai pitié pour le commerciaux. Je le vois dans sa voiture ou pendu au téléphone dans son bureau, il parle fort et mal un anglais approximatif à l'autre bout du monde.
Dans tous les cas le commerciaux est content de lui. C'est bien ce qui est triste. Il ne se rend même pas compte. Il ne rêve plus que de vendre et de gagner plus, conquérir des marchés,
changer de voiture, se taper une secrétaire dans chaque ville.
Je pleins le commerciaux, j'espère qu'il ne se réveillera jamais.
janvier 2002