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 Dis papa  ( pensées / gueule )

Je ne sais pas pourquoi, mais les enfants m’inspirent en ce moment. Peut-être parce qu’ils fleurissent partout autour de moi : ceux qui gambadent dans la rue, ceux qui poussent dans les ventres. Peut être est-ce parce que je me suis beaucoup penché sur ma propre enfance ces derniers temps. En tout cas ils me touchent, ce qu’ils peuvent vivre surtout.
À ce sujet, deux anecdotes antagonistes :

1- L’innocence.
Un samedi après-midi, dans une rue presque déserte, je marchais le nez enfoui dans mes pensées. Un peu ailleurs, un peu patraque, occupé à ressasser ce qui ne tournait pas rond. Puis, juste devant moi, un homme, la quarantaine, en blouson de cuir marron, est sorti d’un immeuble, tenant par la main un petit garçon avec un bonnet multicolore. Au moment où il franchissait la porte, le garçon, qui avait peut-être 6 ans, a demandé avec sa petite voix flûtée et d’un ton naïf au possible :
« Il est fort Obi-Wan Kenobi ? »
J’ai manqué de leur éclater de rire au nez.
« Obi-Wan Kenobi ? » a demandé son père au moment où je les dépassais.
« Oui, tu sais celui qu’est dans l’épisode 1... »

Je n’ai pas entendu la suite de la conversation mais je me suis trimbalé une banane qui allait d’une oreille à l’autre pendant au moins cent mètres. D’ailleurs j’ai pu constater à cette occasion combien le fait d’avoir le sourire pouvait attirer le regard des gens et avoir tendance à se transmettre. Et aussi combien une scène de bonheur tout simple peut changer la façon d’appréhender une journée.

2- La brutalité.
Un lundi soir, soir de courses, dans un carrefour® relativement peu peuplé, je marchais, mon panier en plastique à la main au rayon fruits et légumes. Un peu ailleurs, un peu patraque, occupé à ressasser ce qui ne tournait pas rond. Puis juste devant moi, un homme, la quarantaine, en parka noire, s’est retourné vers son petit garçon en pantalon en velours marron qui tripotait les aubergines. Au moment où il a vu faire le gamin, qui avait peut-être 6 ans, il a lâché le caddie et s’est littéralement jeté vers lui en crachant, d’une voix détestable au possible :
« Je t’avais dit de pas recommencer ! »
Le gamin eut à peine le temps de crier grâce que le père amorça une baffe. Mais il rata la joue du gosse qui essayait d’esquiver et lui frappa le dessus du crâne. Le garçon se sauva mais le père le poursuivi, l’attrapa, le jeta à terre avant de lui balancer une fessée bien sonore juste au moment où je les dépassais. Je serrais fort la poignée de mon panier, mais je n’ai rien réussi à dire. Je n’ai pas vu le reste de la scène mais j’ai continué un bon moment à serrer fort la poignée de mon panier.

J’aurais bien voulu avoir les couilles d’insulter ce sale con. D’ailleurs j’ai pu constater à cette occasion combien une scène écoeurante peut mettre un point final à une journée de merde. J’avais vu la peur dans les yeux de ce gosse : la peur de son père ! J’ose à peine imaginer l’avenir du pauvre gamin.


Conclusion ? J’en sais rien. Il vaut sûrement mieux avoir un père qui a un blouson en cuir marron plutôt qu’une parka noire.
Non c'est pas ça ?

mars 2004

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