Cet air distant me fascine toujours. Il est le bonheur de mes promenades dominicales.
Vous l'avez peut-être déjà remarqué. Vous savez ces gens qui promènent leurs chiens.
Mais j'y pense, peut-être avez vous un chien ? Dans ce cas c'est peut-être vous que j'ai vu le matin avant le boulot, ou un soir avant le vingt heures avec votre chien au bout de sa laisse ?
C'est un moment fugitif, à saisir sur l'instant. Il faut faire attention parce que ça arrive vite : le chien est par nature assez peu patient et a tendance à se jeter sur le premier poteau,
ou la première excroissance du paysage pour se vider. Car c'est bien de ça dont il s'agit. On dit qu'on va promener le chien mais le but inavoué est bel et bien de l'emmener chier ailleurs que sur la pelouse.

Donc ledit chien se précipite et arrive sur les lieux du drame. Il flaire un coup, inquiet, tendu. Puis satisfait et rassuré il se met en position : les pattes arrière fléchies, tremblantes...
Si le chien pouvait froncer les sourcils il prendrait un air concentré, mais là il a juste l'air bête et coule son petit bronze. Enfin tout dépend de la taille du chien, il y en a qui sont capables
de sortir des trucs énormes.
C'est à cet instant précis qu'il faut bien observer le maître. Il a vu que le chien avait trouvé un endroit propice (juste là où vous avez envie de vous allonger pour lire un bouquin)
et détourne le regard pour prendre
cet air distant dont je veux parler. N'est-ce pas beau ? Cet air grave, le regard porté vers le lointain, les sourcils pensifs...
Alors que le chien regarde son maître, admiratif, celui ci prend le recul propre aux grands que les bassesses de se monde ne touchent pas.
Avant de partir il jette quand même un coup d'oeil pour voir si le truc a l'air solide. Sinon il faudra aller voir le véto.
Promenez votre chien !
mai 2000