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 Fantasme  ( pensées / gueule )

Il était assis devant son ordinateur, seul dans son bureau. Par la porte ouverte parvenaient les bruits du standard : des sonneries de téléphones, quelques éclats de voix. Il tapa quelques mots sur le clavier. Un mail sans doute. Il s’arrêta un instant les doigts sur les touches et resta le regard dans le vague, fixant un point quelque part en dessous de l’écran. Après quelques secondes il se leva et se dirigea vers la fenêtre, les mains sur la tête. Quelqu’un, dans un bureau, éternua. En bruit de fond, le ventilateur du PC ronronnait.

Alors il se retourna et, d’un coup de pied, propulsa son fauteuil à roulette contre le mur. Il saisit les dossiers qui traînaient sur son bureau et les jeta par terre. Des feuilles voletaient dans tous les sens. Toujours sans un mot il s’empara du fauteuil avec lequel il dégomma l’ordinateur. L’écran roula sur le bureau avant de tomber sur le sol en implosant. De la fumée s’échappa du tube cathodique éventré.

Dans les bureaux adjacents, ses collègues raccrochèrent leurs téléphones pour venir voir ce qu’il se passait.

Mais lui continuait : il vida le contenu d’une des armoires, renversa son bureau sur les restes de l’ordinateur, donna un grand coup de pied dans les décombres qui s’accumulaient. Il ramassa le fauteuil et s’en servit pour éclater chacune des vitres avant de le lancer par la fenêtre.

Dans le couloir un petit groupe se formait, les gens, ébahis, n’osant s’approcher plus avant.

Observant un instant ce qu’il restait autour de lui, il renversa l’armoire encore intacte, déversant sur le sol un amas de dossiers, de CD-Roms, d’échantillons, de revues. C’est le moment que le téléphone choisit pour sonner. Il s’immobilisa alors au milieu de la pièce saccagée. Il n’y avait maintenant plus aucun bruit à part la sonnerie et le grésillement d’agonie de l’écran dans un coin du bureau.

Dans les couloirs, plus personne ne parlait. Après trois longues sonneries, il se dirigea vers la porte et prit son manteau. Ses collègues s’écartèrent pour le laisser passer. Sur la moquette gris clair, le téléphone sonnait toujours.

mars 2004

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