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 Marseille  ( pensées / gueule )

Marseille n'est pas un ville pour touristes.
Ici il faut prendre partie.
Se passionner.
Être pour, être contre.
Être violemment.
Jean Claude Izzo - Total Khéops

La Rose terminus. La voix crachote dans le haut-parleur. La Rose, quartier au nord de Marseille. Pas vraiment la quartier qui craint, mais pas celui où on irait se balader pour le plaisir. Les HLM, comme horizon il y a mieux. Je descend du métro jaune / orange / marron moche et descend le petit escalator au milieu des autres voyageurs. Je m'arrange toujours pour que mon sac à dos soit hors de portée des mains indélicates.

On peut dire que j'ai eu de la chance, des perturbations étaient annoncées sur le tout le réseau, pour l'instant tout se passe bien. En sortant de la station je me dirige vers mon arrêt de bus, je dois encore prendre le 3 avant de rejoindre mon studio.

La lumière de la fin d'après midi baigne les immeubles dans une brume un peu irréelle. Alors que je m'approche, j'aperçois une charmante demoiselle, plongée dans un bouquin. Elle est assise à mon arrêt. Une attente agréable en perspective. Un peu plus près, un papier attire mon regard, une feuille A4 scotchée. Pas de bus N°3. Au marqueur vert.

Super, une demi-heure de marche en perspective. La nuit va tomber. Je suis presque content. Je crois que j'ai besoin de marcher.

Jean Claude Izzo avait raison. À Marseille il faut prendre partie, pour ou contre. Aujourd'hui je suis plutôt contre. Marseille est une ville tendue, sans répit. Sans les collines qui la surplombent, on n'hésiterait pas à la qualifier de laide. Le centre ville, même bourgeois, n’a pas de parcs, pas d’espaces, ni même de petites ruelles pittoresques, ou si peu. Il y a bien la corniche, ou Notre Dame de la Garde, mais c’est la vue qui est belle. Pas la ville. Dans les quartiers nord il y a de la place : des terrains vagues et des grandes avenues désolées.

À Marseille, on voit si un quartier craint à l’état des abribus et des poubelles et au nombre de détritus qui jonchent les trottoirs. La Rose, terminus du métro 1. Je commence à marcher. En passant à côté des voies de garage des rames du métro, j’inspecte le sol. Vieux sacs plastiques, bouteilles d’eau écrasées, papiers gras. Je reconnais les sacs et les verres en carton du Quick tout proche. A droite, sur un parking, une voiture posée sur des agglos n’a plus de roues et rouille doucement. On la devine ici depuis un moment.

Il est 19H00, si je m’active, à la demie je serais chez moi. Je commence à m’éloigner, direction St Jérôme, la Mitre.

Il n’y a presque personne. Seul, devant moi, un mec marche d’un pas rapide. Le nombre des détritus diminue. St Jérôme est un quartier résidentiel. Des résidences et villas rose et jaunes, récentes, sont cachées derrière d’épaisses haies. La route serpente, bordée de quelques palmiers. C’est aussi ça Marseille : en quelques mètres on change complètement de paysage.

Les voitures ont commencé à allumer leurs veilleuses.

Marseille c'est surtout un état d'esprit. Les gens sont des latins. Alors évidement, moi qui vient du froid, de chez les coincés, j'ai du mal à m'y faire. Latin ça veut dire volubile, sympathique. Les latins savent prendre le temps de vivre.

Je vais me permettre une petite traduction : par "volubile" il faut comprendre, tchatcheur limite saoulant. Par "prendre le temps de vivre" il faut comprendre je m'en foutisme et manque de respect. Le marseillais moyen prend le temps de vivre et si ça fait chier tout le monde parce qu'il se gare en double file pour discuter avec un pote et ben c'est pareil. C'est comme ça, il y en a qui aiment. Il est certain que c'est un peu (voire très) caricatural, mais c'est l'identité de cette ville, telle qu'elle est revendiquée. Dans ma ville froide un marseillais se ferait chier comme un rat mort devant la distance des gens. A Marseille la différence est qu'il y a un peu de maquillage devant l'hypocrisie. Ce n'est peut-être pas un mal mais à mes yeux cela ne fait que la souligner.

(à suivre... c'est pas fini)

décembre 2001

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