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 Libre arbitre  ( pensées / idées )

À force de lire des bouquins de psychologie, de psychiatrie ou de biologie du comportement, je me rends compte de notre quasi-absence de libre arbitre. Avec cette certitude dans mon crâne il devient difficile pour moi de justifier la plupart de mes choix en d'autres termes que : j'ai envie / je n'ai pas envie. Toute autre explication étant souvent superflue. Partant de ce même principe, écouter les autres justifier leurs actions devient une expérience extra sensorielle étrange, une étude comportementale intrigante.

Je m'explique : la majorité de nos choix sont instinctifs et se font, schématiquement, en fonction de ce qui nous attire ou de ce qui nous fait peur. Mais cette dichotomie bien trop animale pour être avouable, nous la recouvrons de tout un tas de théories, de valeurs, de convictions, que sais-je encore. Mais nos convictions ne sont jamais à l'origine de nos comportements, c'est l'inverse qui se passe.

Exemple : personnellement j'essaie d'être un type bien. Je pourrais dire que c'est parce que je place le respect des autres et de soit avant tout, parce que l'honnêteté une chose primordiale, parce que je ne veux blesser personne. Je pourrais ergoter pendant des heures sur le sujet pour convaincre les autres et moi-même de ces valeurs que je place en avant et que je m'efforce de respecter dans chacun de mes actes.

Mais en réalité pas du tout, c'est juste parce que je n'arrive pas à faire autrement. Ma culture judéo-chrétienne culpabilisante, mon éducation, mon vécu, les petits gènes qui ont fait les neurones de mon cerveau, tout ça fait que je suis incapable de faire du mal, que je fuis les conflits, que je ne sais pas mentir. Je suis absolument incapable de faire autrement. Tous les raisonnements que je peux construire pour me justifier ne viennent qu'à posteriori de mes comportements. Je n'agis que parce que gérer un conflit m'est très désagréable et qu'au contraire maintenir une ambiance sereine me procure beaucoup de soulagement. Actes gratifiant ou non-gratifiants, j'aime ou j'aime pas, carotte ou bâton. Cela se manifeste comme ça chez moi pour des raisons et en fonction de paramètres que je n'ai contrôlés à aucun moment et il en va de même pour tout le monde avec des résultats qui font le caractère de chacun.

Partant de ce constat : nous sommes ce que nous sommes, il n'y a aucune liberté là dedans. Ou si peu. Nos argumentations ne servent souvent qu'à nous convaincre que nous faisons nos choix en notre âme et conscience. C'est un peu comme si on avait gagné un cadeau à la loterie et qu'on essayait d'expliquer pourquoi c'est ce lot là en particulier et pas un autre. Nous n'avons pas le choix. Plus j'y réfléchis et plus j'en suis convaincu. Nos théories ne viennent que pour justifier nos comportements.


Post scriptum : j'ai moi-même dit que les raisonnements simplistes et excessifs m'horripilaient. Bien sûr vivre avec cette idée est parfaitement insupportable et chez la plupart des gens la notion de liberté est celle que l'on défend le plus ardemment. Il n'empêche que souvent cette idée me trotte dans la tête. La solution est sans doute d'avoir conscience que la part effective de liberté dont nous disposons est restreinte et qu'il faut l'utiliser à bon escient. Cette notion peut aussi aider à avoir un peu de tolérance pour ceux qui s'agitent autour de nous. Je ne sais pas exactement ce que je veux dire par là mais ça doit être dans cette direction qu'il faut creuser.

août 2004

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