Ça y est, j'ai arrêté de regarder la télé ! Ça va faire bientôt un mois que je n'y ai plus touché. Le sevrage n'a pas été facile, j'ai échoué plusieurs fois auparavant, mais je crois que cette fois ci c'est la bonne.
Et sans patch ni gomme à mâcher ! Je me sens vachement mieux, j'arrive à faire des choses, je peux me lever de mon canapé. Les résultats sont spectaculaires. J'avais cru que j'aurais quelques séquelles, mais non.
J'ai pu reprendre un niveau d'activité normal et un quotient intellectuel dans les normes acceptables. J'ai brûlé mon dernier Télé Z.
Pour tout vous dire j'avais commencé très tôt, tout gamin devant le "Club Dorothée" et "Amuse 3". Mais avec un frère et des parents qui la regardaient aussi je ne pouvais pas tellement faire autrement.
J'ai commencé doucement, couché à huit heures avant le film. Et puis au fur et à mesure j'ai dû augmenter la dose. Ça ne me suffisait plus. À force je suis arrivé à environ 3 ou 4 heures par jour.
Et j'attaquais les programmes durs : télé réalité et compagnie... Pourtant je savais que c'était mauvais, on me le disait assez. Il y a eu toutes ces histoires de gens qui ont attaqué les chaînes de télévision en justice
parce qu'ils étaient devenus idiots à force de trop la regarder. Il y avait tous les spots de prévention du style : dans un programme télé d'une heure sur TF1 il y a autant de conneries que dans un bouquin d'Elizabeth Tessier.

Mais vous savez ce que c'est, on se dit toujours que ça ne nous arrivera pas, qu'il faux bien devenir con, alors de cette façon ou d'une autre... En plus je pensais que je n'étais pas vraiment accro, que je pourrais
m'arrêter quand je voudrais, comme ça en claquant des doigts. Mais je me trompais, évidemment. Je m'en suis rendu compte quand j'ai commencé à m'entendre dire des phrases comme : "T'as vu l'émission d'hier soir ?
C'était nul hein ?". Dès que j'ai sérieusement tenté de m'arrêter, je me suis tout de suite rendu compte que ça n'allait pas être facile. Le geste était devenu systématique : en rentrant du boulot j'allumais la télé
et je me vautrais devant, délaissant tout le reste. Pour y arriver je me suis fait un petit panneau que j'ai collé sur le poste et sur lequel était écrit : "T'es sûr que t'as rien de mieux à faire ?".
Et en effet la plupart du temps j'avais bien mieux à faire et je laissais la télé dans son coin. Ça a été radical et j'ai tout de suite ressenti les bénéfices.
Maintenant que j'ai arrêté je peux le dire à tout ceux qui continuent : vous vous pourrissez la vie. Mais le pire c'est que vous pourrissez aussi la vie des gens qui vivent autour de vous : vos amis, votre famille ou vos enfants.
Maintenant je range chez moi, j'écris à mes amis, je prévois des choses. J'arrive à me faire correctement à manger, je lis des livres, je me couche plus tôt. Je n'arrête pas de m'émerveiller de tout ce que je peux faire et que la télé me rendait impossible.
Bon, bien sûr elle est toujours chez moi. Muette. Je sais qu'il toujours possible que je reprenne. Tant qu'elle sera là je ne serais pas à l'abri. Je crois que je vais la jeter, ou la transformer en aquarium.
Non, il faut que ce soit plus radical. Je vais faire un acte symbolique : je vais monter sur le toit de mon immeuble (au 7ème étage) et je vais la balancer en faisant gaffe qu'il n'y ait personne en bas.
Ça doit être impressionnant de la voir s'éclater sur le parking, projetant des bouts de plastique et de verre à des dizaines de mètres. Peut-être même que le tube cathodique fera un bruit d'explosion,
le glas de ma dépendance. Ensuite je mettrais le feu à l'antenne de l'immeuble, et je la couperais à la scie à métaux. Allez hop ! Sevrage forcé pour tout le monde ! Je sais, c'est brutal mais c'est pour leur bien…
"Y faut lire !"
Dany Boon
juillet 2003