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 Un concert  ( pensées / idées )

Erik Truffaz - décembre 2003

Ce n'est plus du jazz. Je ne sais pas ce que c'est d'ailleurs... Du rock progressif ? Du funk ? De l'électro ? Après tout peu importe. Quatre génies se jouent de nous sur scène. Sur cette tournée, le quartet joue des titres de leur dernier album "The walk of the giant turtle" ainsi que de "Bending new corners". Après une entrée un peu ratée (un "Sweet Mercy" joué un peu mollement) les voilà qui dégoment tout.

Il faut leur rendre hommage à chacun :

Marc Erbetta : l'air calme derrière les multiples cymbales de sa batterie, monsieur distille les coups de baguettes calmes ou violents, sur des rythmes drum & bass, house mais surtout méchamment rock à grands coups de charley ouverte. A noter un passage époustouflant au cours du rappel : toute la salle suspendue à ce solo monstrueux où Erbetta se permet plusieurs secondes de silence absolu, fascinant.

Marcello Giuliani : des lignes de basses redoutables, c'est Giuliani qui tient les morceaux, leur structure et leur cohérence. Pas d'esbrouffe, l'efficacité personnifiée. Un grandiose passage de slap bass pour nous rappeler que derrière tout ça il y a une technique incroyable.

Patrick Muller : un air de gros bébé bien tranquille devant son Fender Rhodes, qui tisse les ambiances, rempli l'espace sonore des ondulations de son clavier. Il en joue tantôt comme d'un orgue, tantôt comme d'une guitare disto pour des solos qui emmènent tout le morceau.

Enfin Erik Truffaz : presque le plus discret. Sa trompette reste silencieuse la plupart du temps. Truffaz annonce le thème, pose l'ambiance, puis laisse ses collègues monter le morceau et chauffer la salle. Quand tout le monde a bien mijoté, il revient pour faire décoller tout ça et finir en orgasme, admirable...

Les influences ? Disons The Who ou Deep Purple pour le côté rock. Daft Punk pour la house. Roni Size ou Goldie pour la drum & bass. Miles Davis ou Herbie Hancock pour le jazz funk. J'en rate beaucoup d'autres en électro ou en jazz rock. Et malgré tout, l'ensemble est extrêmement cohérent. Et ces quatre grands messieurs savent mettre leur technique de côté, ou en tout cas ne pas jouer que pour elle. C'est vraiment la symbiose du groupe qui fait tout. On ne sait pas qui regarder jouer, chacun joue son rôle à la perfection, alors on fini par fermer les yeux et se laisser emporter par les morceaux rock, se laisser bouger sur les passages housy ou drum & bass, se laisser traverser par les mélodies planantes ou ambiances de nuits. On regarde le morceaux évoluer, partir en impro, on voit le thème glisser, revenir un peu, disparaître complètement pour aller dans une autre direction. Et puis les quatre compères se jettent un coup d'œil et reprennent le thème tous ensemble, je pouvais sentir les frissons de plaisir parcourir la salle. C'était fulgurant/flamboyant, ou bien calme/hypnotique, ou encore funky/entraînant.

Je ne sais pas quoi ajouter sinon que j'ai eu mal aux mains à force d'applaudir. Sinon que j'aurais voulu un deuxième rappel, et même un troisième, et même toute la nuit comme ça si possible. Sinon que je n'ai jamais été aussi mené par le bout du nez que ce soir, que j'ai rarement vu un groupe de jazz tenir une salle par les tripes dans un silence étourdissant et mettre le feu ensuite comme ils l'ont fait, et plusieurs fois encore. Vraiment, vraiment, un grand moment de musique. Je veux ça tous les soirs.

décembre 2003

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