Finalement le bonheur n'est jamais là oł on l'attend. Au détour d'une FNAC à peine remplie, désertée par les badauds profitant du soleil et des terrasses sous les bourgeons vert tendre des marronniers, j'errais comme souvent, feuilletant un album de Manu Larcenet en me reprochant doucement de ne pas profiter du grand air. Mais j'ai vite compris que je n'allais pas le regretter quand une voix annonça que Pauline Croze était en showcase au forum de la FNAC. Hasard des choses, je venais juste de commenter son album ici, album qui, ces derniers jours passe très fréquemment dans mon lecteur.

J'ai lâché ma BD et suis descendu immédiatement. Le minuscule forum est plein, quelques personnes sont dehors devant les portes en verre. Le concert a déjà commencé. Pauline est accompagnée de son guitariste et s'accompagne elle même à l'électroacoustique. Je me maudis de ne pas avoir pris mes lunettes et me contente de deviner sa silhouette frêle et floue au travers des portes vitrées, son visage caché sous une frange brune. Première impression : quelle voix ! Visiblement il n'y a pas eu de retouche sur l'album. Toujours ce timbre unique, clair mais un peu rauque. Les attaques sont franches, parfaitement assurées. Je ne peux m'empêcher de sourire alors que le frisson se dresse sur mes avants bras. Sans le reste de ses musiciens, les chansons ne perdent pas grand-chose, allons plus loin, je crois qu'elles y gagnent. La voix y est d'autant plus belle et présente. Les arpèges discrets du guitariste relèvent juste ce qu'il faut les mélodies de la guitare sèche.
Quel contraste entre cette fille debout avec sa guitare et cette salle ingrate et trop éclairée, juste digne d'une conférence sur la philatélie, cette fille à l'air si vulnérable mais à la voix si forte. Pas forte dans le sens volume sonore, encore qu'elle ait du souffle. Non, forte dans le sens ou l'émotion s'empare de vous de la tête aux pieds. Elle attire toute l'attention sur elle. Un moment fabuleux sur "Quand je suis ivre", la reprise des couplets me décolle la pulpe du fond du ventre, je vois mon regard ébloui dans le reflet de la vitre devant moi. J'ai rarement ressenti autant de plaisir dans les derniers concerts que j'ai pu voir, et dans de bien meilleures conditions pourtant. Mais le talent à l'air de passer outre. La salle est captivée, happée par son charisme. Pour terminer ce mini concert : une splendide interprétation de "T'es beau", la chanson que j'avais entendu l'année dernière sur France Inter dans ma voiture et qui m'avait donné l'envie effrénée d'acheter l'album. Pauline la joue seule, avec un tempo un peu ralenti, la chante sans en rajouter, les paroles et la mélodie suffisant pour distiller une émotion douce et mélancolique.
Pour faire passer autant de choses, juste avec une voix et une guitare, il faut un sacré talent.
Merci. Vraiment merci, j'avais oublié combien la passion pouvait être communicative.
avril 2005