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 Le dimanche matin  ( pensées / idées )

Les dimanches matin n'ont pas toujours été les mêmes. Je dois dire que j'ai du mal a me rappeler des premiers d'entre eux. Ils devaient être comme tous les autres matins du monde à cette époque : sans problèmes, sans appréhensions... sans retour *.

Ensuite ils ont été parmi ces matins où l'on a pas à mettre ses chaussures, attendre que maman fasse les lacets et aller à l'école. Ces matins où l'on peut traîner en pyjama et regarder les dessins animés à la télé.

Puis est venue la longue et ennuyeuse période œcuménique. Le dimanche matin était le moment de l'Heure de corvée. À l'époque : faire semblant de croire qu'on y croit, ou croire qu'on fait semblant, c'est selon. J'ai même porté la bure au cours de quelques-uns d'entre eux.

café Mais j'ai fini par être libéré de mes obligations sacerdotales. Alors le dimanche matin est tombé dans l'oubli. Pendant ces longues années absurdes où tout change, il a perdu de sa réalité, de sa substance. Il est devenu une légende, une abstraction, un pur objet de l'imagination, presque de la science fiction (tendance Lovecraft : un truc horrible qu'on préfère ne jamais rencontrer).

Et puis et puis, les années passant (encore !) on dort moins, on est plus fatigué, on se couche plus tôt, comme les vieux. Alors le dimanche matin sort de l'oubli. Je l'ai redécouvert récemment. C'est le moment de la semaine le plus calme, le plus harmonieux. Un peu embrumé, un peu nostalgique aussi. Mais c'est un bonheur vaguement triste. Le dimanche matin a toujours un arrière goût de fin d'époque. Alors il faut à tout prix prendre son temps. Savourer le petit déjeuner en chaussons, regarder par la fenêtre. Tenir à pleines mains le bol de café chaud. Le dimanche matin, les gens vont doucement dans les rues. Il y a comme une complicité de ceux qui ont réussi à se lever. En piochant dans la baguette de pain encore tiède qu'on vient d'acheter, on croise des gens aux coiffures hirsutes, on devine le sommeil à peine dissipé. Des fêtards aux yeux bouffis. Des mamies avec leurs cabas. C'est aussi l'heure de promener son chien...

Mais surtout, à tout prix, prendre son temps. Essayer d'étirer ces instants et retarder la venue de l'importun, du mal-venu, de l'oiseau de mauvaise augure : le dimanche soir et Michel Drucker.


*dans Tous les matins du monde de Pascal Quignard et le film du même nom :
"Tous les matins du monde sont sans retour"

décembre 2003

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