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 L'instant  ( pensées / idées )

Relu dans mon petit calepin une note d'il y a quelques mois : "ce n'est pas le temps qui passe qui me fait mal, c'est que la beauté m'échappe". Voilà c'est dit, je voudrais retenir la beauté, malheureusement (ou pas ?) elle est toujours fugitive : un visage aux yeux clairs croisé dans la rue, une musique, une atmosphère.

Alors pour retenir un peu tout ça, j'arpente ma ville avec mon appareil photo dans la poche. Je le dégaine quand un reflet sur un mur, un contre-jour sur le haut des toits, une perspective nouvelle ou un quelconque détail m'attire le regard. Je m'amuse, j'essaye, je débute.

Ayant regardé un reportage sur Henri Cartier-Bresson décédé récemment, je me suis rendu compte que mes photos étaient résolument dépourvues d'êtres vivants. Bien loin de moi l'idée de comparer mes clichés aux chefs d'œuvre de HCB ou même de n'importe quel photographe doué, mais j'ai été bluffé par ce type et ses photos pleines de gens et de mouvement. Alors je suis sorti de chez moi précipitamment avec mon appareil dans la poche pour tenter de remédier à ce problème, un peu comme tout gamin je courais chercher ma raquette de tennis après avoir vu Agassi à la télé avec ses cheveux longs et ses polos bariolés.

Dehors le soleil n'est pas encore trop haut, des touristes matinaux et quelques locaux non-fêtards errent dans les rues le nez en l'air. J'ai envie de les prendre en photo, leurs nez vus du dessous. Mais essayez donc de vous planter devant quelqu'un et de le photographier, comme ça sans sommation. Je tourne autour du pot. Je prends des murs, des fenêtres, des toits. Mais je tourne autour du pot. Puis la chance me souris : dans un parc une fille en débardeur est assise sur un banc, elle bouquine. Le plan est quasi parfait : quelques arbres, une fontaine, le banc une lumière de côté. Ces bonnes conditions associées à mon fétichisme pour les nuques et les épaules me font espérer un cliché valable, pour une fois. Je dégaine, je vise, je jette un coup d'œil à l'écran, ça à l'air correct. Je me sauve précipitamment avant de passer pour un pervers qui prend en photos les filles seules dans les parcs. En rentrant je trépigne d'impatience de la voir en plein écran sur mon PC.

Chez moi je charge les photos, et me rends compte avec horreur que la première est complètement floue, la deuxième itou. Affolé je fais défiler jusqu'à la fameuse fille dans le parc...

...(intermède à caractère théoriquement plein de suspens)...

Floue aussi. Un abattement de classe mondial me tombe sur les épaules. Avec résignation je tends la main vers mon petit compact de merde et vérifie le curseur près de l'objectif. C'est bien ça, j'ai pris toutes les photos en mode macro. Mon écran de contrôle étant trop petit je ne m'en suis pas du tout rendu compte. Quelques secondes de silence en mémoire de mon espoir de prendre de bons clichés.

En bidouillant dans Photoshop® j'ai fait ce que j'ai pu pour sauver ma petite préférée :



Bof, finalement elle n'était pas si terrible cette photo. La lumière pas si bien, un peu surexposée sur la gauche, le cadrage moyen avec le piquet de la grille qui dépasse, pas vraiment de profondeur, pas assez près du sujet, on n'aurait pas bien vu la fontaine non plus. Merde, c'était quand même pas si mal. J'ai finalement bazardé toutes ces photos loupées, un peu comme tout gamin je jetais ma raquette par terre de dépit de ne pas réussir mes services.

Conclusion pessimiste : je ne suis pas près de faire de belles photos. Quel scoop.

Conclusion optimiste : je suis encore capable d'avoir l'enthousiasme d'un gamin. Ouf.

août 2004

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