Le type qui place les petits soleils sur la carte de la météo à la télé.
Il a un bel ordinateur, qui murmure imperceptiblement, un écran plat 19 pouces super design qui n’abîme pas les yeux.
Il a un fond d’écran avec les belles couleurs que le marketing de la chaîne a choisies comme identité visuelle.
Avec sa souris optique sans fil, il clique pour placer des petits nuages, des petits soleils. Parfois il peut choisir un petit
nuage avec un soleil qui passe derrière. Il a à sa disposition tout un tas de petits logos qui bougent avec des nuages
de toute la gamme des gris, de la pluie, des éclairs qui clignotent, des flocons de neige ou du brouillard.

Pourtant il fait comme les gens de la météo lui disent. Il ne peut pas tellement inventer. C’est ça qui est un
peu triste. Il aimerait un aspect plus créatif, à son travail. Il voudrait être plus libre.
Mais c’est vrai que s’il trouve qu’un soleil vers Limoges c’est plus joli, les gens de Limoges ne vont pas être contents si
en fait il pleut. Alors ce qu’il aime, c’est quand il fait grand soleil. Là, il peut faire ce qu’il veut. Les répartir
comme bon lui semble, harmonieusement. Il n’est pas obligé de les mettre au dessus d’une ville, pour éviter que les
gens se demandent : "mince c’est chez nous ou pas ce nuage ?" Non, là peu importe, puisqu’il fait beau partout. Parfois il
décide même de mettre un seul gros soleil au milieu.
Et puis après il y a les températures. Ce n’est pas drôle du tout, les températures. Il faut les mettre
exactement sur les villes, pour que les gens sachent. Mais il en a un peu marre de faire plaisir aux gens. Il aimerait un peu faire
ce qu’il veut. Alors pour embêter les gens, surtout les provinciaux (il ne les aime pas trop), il décale un peu une
ville, il la déplace. Exprès. Comme ça les gens ne savent plus tellement. Par exemple Limoges, et bien il
place le gros rond "16" orange un peu vers l’ouest. Comme ça on ne sait plus trop, si ça se trouve c’est
Angoulême, ou peut être Niort. ça l’amuse beaucoup.
À la fin, il faut écrire les éphémérides. Mais ce n’est pas drôle du tout, il n’a qu’à
recopier l’almanach des PTT. Alors il fait ça vite et ensuite il rentre chez lui en métro. Alors il se sert un grand
verre de Martini avec un glaçon en regardant le 20 heures dans son sofa. Mais il sait déjà s’il fera beau demain.
avril 2004