Glacée d’une vue sans faille, elle respire, tirée dans les âmes par sa course fleurie d’arceaux. Soudain surgit une vie qui s’emmêle, ensevelie de ses pas.
Encore à sa demeure elle circule dans un drap d’innocence encore mal vécu. Mais rien n’arrête sa pensée aphone qui s’enlace sans fin dans un tourbillon
d’écumes atypiques. La grâce s’en mêle et perturbe de joie cette ondée rougeoyante, qui n’a de fin que quand cesse son souffle épuisé,
tiraillé de plaisir et de souffrance.
Sans s’en rendre compte, elle agite ses faibles bras, bas repris de soie fine et couture. La proie n’y voit que son œil agile et têtu qui ne risque que ce qu’il calcule
avec une avidité féroce. Et cette ode perdue dans les limbes de la joie est sans doute la seule à se laisser aller dans les astres futurs.

Je ne sais si elle pense ou s’étire en silence. Mais elle erre dans un bruissement sourd et craquant. Sans malice aucune mais bercée
de larmes chaudes et profondes en son cœur. Une fin la guette sans charme, sordide et ondoyante sur sa tête. Elle s’approche et recule effrayée par cette ombre tapie
dans son sol caverneux. Mais l’inéluctable est triste et résigné de cette force tragique qui l’anime. Perdu en son cœur de glace, il traîne cette
langue qui l’étouffe, porté de son regard à la lampe perdue. C’est cette arme luisante qui l’attend dans le bruit de la guerre. Encore brunie des entrailles des
siens, il s’arrache aux clameurs de la mort vers le gouffre de lumière. Il est rejoint par les sombres qui le suivent sans âmes et prostrés d’impuissances.
Ceux là ne savent et ne font qu’apprendre sans y mettre les pieds.
L’hésitation les serre en ses bras ondulés. Leur regard transi, jaune de surprise ils deviennent bleus de résignation. Ils ont cessé de lutter contre cette
perte de matière, cette soufflerie qui avale tout de travers sans distinguer le mal du bien et le sombre du clair. Trahis par tant de laideurs, ils soufflent, fuient sans se retourner
vers les herbes qui les attendent. Là, le soleil vient, hésitant et pâle pour ne plus se lever. Les ombres s’étiolent et surgissent cachées des
âmes de ces lieux. Tout n’y est qu’instant et sensation. La raison n’y trouve de place qu’en sa présence seule. Car rien n’y retient l’esprit que ce qu’il ressent.
Un jour elle y sera, installée par les hommes et leurs questions futiles. Eux qui guettent le savoir et la reconnaissance. Ces valeurs n’en sont pas et s’affûtent en
secret dans l’attente de leur heure de vanité.
Entre ses lois perdues et sans but, l’espoir d’y voir un jour plus clair semble s’éteindre avec les prémices de son exploit. Sans tenir compte de ses tiers, il s’agite
comme un grelot de sang, sonore et humide, traversé d’un vent froid et marin. La gloire qui l’attend est servie de destin avec cette râpe innocente qui lève le lapin
de ses racines. Celui-ci s’attarde avant de prendre part au festin qui s’étend dans les vallées du tertre, lové dans les bras de ces collines endormies.
Les restes y sont chauds et les convives humides de graisse. C’est un banquet en l’honneur du seigneur des cendres, qui descend de sa fenêtre si longtemps close pour libérer
le contenu de ses songes. L’attente est torride et n’annonce que le malheur que cette réflexion ne peut pas engendrer sans laisser de traces amères dans le cœur des siens.
mai 2000