C'est comme une tragédie commerciale tournée en cinémascope : les acteurs se traînent, égrainant leurs savoirs sans la verve qui leur est habituelle. C'est une faille, grande et sombre, dans laquelle plongent leurs ombres, folles et damnées.
Grandir, cesser de voler est le rêve des autres. Dans l'ardeur de leur assentiment, acceptation de tous ces tas d'immondes et de vices. Pour absurde qu'est leur rêve, les acteurs n'en gardent pas moins la trace, fausse et rassurante, qu'ils
existent bel et bien. En chaire et en os.
C'est pour la grandeur de ces doutes que je tisse les lianes auxquelles s'accrocher. Balancé de troncs en chutes, de blessures en erreurs. Les mains saignent comme la peau.
Ces thèmes sont toujours graves, les seuls qui font surface, qui vivent et agitent les fondations. Ceux sur quoi tout se base. En mangeant la trame de l'expérience, les îlots de supplice sont encore loin mais les sons nous parviennent.
Déformés et amoindris. En sécurité dans nos livings, chaleurs et convivialité. Les furieux nous guettent, ils n'ont pas d'âme, pas de logique, pas de sens. Ils s'échinent à n'être rien et à en être fiers. Ils s'ignorent. Le choc s'ils se
voyaient, se comprenaient enfin. Aucune fierté n'a de justification, la vérité est un mot vide de sens. Ni sens ni réelles conséquences. A l'ouest rien de nouveau. Les palmiers grandissent et abritent toujours les sandwichs digérés au soleil
des midis. Ces graviers sonnants des rires irréels. Comme si finalement il y avait de quoi.
Foulées les plaques, les marches, de plomb ou de marbre, les chapes clouent au silence et à l'obscurité, ce qui ne doit pas surgir. Depuis la construction, c'est l'idée qui domine. La nature rumine sa réponse. Elle a le temps. C'est déjà plus
qu'il n'en faudrait, c'est déjà beaucoup trop que cette gangrène. Mais elle se prépare depuis si longtemps…
Il serait beau de croire que le sens est celui qu'on veut. Mais rien n'est moins sûr. Le sens n'est rien. Et la mort le rappelle assez vite. Se plaindre, rire, pleurer ou chanter, les échos dans la tombe seront bien les mêmes. L'épitaphe,
un but à atteindre ? Trouver l'élogieux sur une vie et l'hypocrisie reprend ses droits. Qu'elle n'a jamais vraiment perdus d'ailleurs.
Le bonheur ne dure qu'un an, et à temps partiel encore. La flemme des accros aux soirées télé, aux ombres trépidantes. Vis-à-vis affalés dans des horizons de crépuscule.
Mouvances. L'art consiste à faire en sorte de maintenir un niveau suffisant d'autosatisfaction et de cynisme. Tourner le dos aux gênantes possibilités qui s'avèrent impassibles.
Plouf, les têtes qui sombrent, elles nous entourent. Elles sont partout, elles nous ont élevés. Nous ont appris, nourris. Bientôt ton tour viendra. Plouf. C'est peut-être déjà fait. Il reste un bout de peau. Rattrape là. Ça ne redevient
jamais comme avant mais c'est déjà ça. Faute de grives, les merles s'en vont voir ailleurs. Ils ont bien raison.
Profitez, chanceux petits cons, ça ne durera pas.
Plouf.
octobre 2001