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Portrait insoluble

Patrick m’a fait le plaisir de passer au studio à l’occasion d’un passage à Dijon.
J’avais préparé des plaques pour faire des ambrotypes au gélatino bromure (qui donnent des images positives sur plaque). À mon grand dam, et sans que je comprenne pourquoi (d’où le titre insoluble), l’effet positif ne fonctionne pas sur ces plaques. Je me suis donc rabattu sur leur utilisation en mode négatif, ça marche aussi…

Chambre FKD 13×18 cm
Leimeyr 240 mm @ f/4.5
Tubes fluorescents lumière du jour
6 secondes d’exposition
Plaque de verre au gélatino bromure d’argent

Seeing the world from inside a box

Du portrait allégorique et syncrétique à base de chambre russe, de sténopé et de café.
A priori il ne manque rien.

Chambre FKD 13×18 cm
Leimeyr 240 mm @ f/4.5 – 1 flash Elinchrom 600J
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Loyaux services

Il peut sembler incongru, voire déplacé, de rendre hommage à un objet manufacturé. Je l’admets. Pour me justifier, j’avancerais que ces chaussures m’ont accompagné pendant 20 ans sur tous les chemins. J’avais donc fini par m’y attacher. Elles ont foulé les falaises des côtes d’Albâtre et d’Émeraude, celles des Pays basques français et espagnol. Elles ont marché en Sicile, cheminé au bord du cratère de Vulcano, parcouru des sols de lave islandais, des dunes belges et des montagnes du Vercors, de nombreux chemins côtiers bretons, et des montagnes cévenoles. Malgré leur coût modique, conçues avant l’avènement de l’obsolescence programmée, elles auront surtout survécu aux ronces, bûches, branches et pierres de bien des sentiers et combes de Bourgogne. Après toutes ses années de loyaux services pédestres, elles sont mortes de leur belle mort près d’un lac de Lombardie, leurs semelles aux crampons érodés ayant fini par se faire la malle, vieillissement inévitable de la colle carcinogène appliquée il y a 20 ans par des ouvriers thaïlandais qui, je l’espère, sont encore en vie.

Chambre FKD 13×18 cm
Leimeyr 240 mm @ f/4.5 3s
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Monte Isola #2

A l’aller, je repère ce petit ponton, un peu à contre jour, devant un stand de glace. Je n’ose pas installer la chambre : trop de clients sur le stand. Au retour, les clients sont partis, il reste les tenanciers qui discutent, j’ose y aller, et demande en anglais si je peux prendre une photo. Ils ne parlent pas trop anglais, mais apparemment oui : “Si, fotografia, OK !” Le plus jeune me parle de son père, je ne comprends pas bien, mais le voici justement qui débarque en caleçon de bain pour aller se laver dans le lac. Il pose sa serviette sur un des poteaux, je termine de cadrer comme je peux, personne ne semble interloqué par mon vieil attirail. “Fresca !” dit-il, je suppose qu’elle est froide et souris. Le fils me reprécise que c’est son père, visiblement très fier, c’est vrai que l’ancien a l’air en pleine forme. Je souris à nouveau. Difficile communication sans langue en commun. J’aurais sans doute dû leur demander de poser sur la photo, elle aurait été moins vide… Peut être une autre fois.

Chambre FKD 13×18 cm
Leimeyr 240 mm @ f/4.5 1/20s
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau


Monte Isola

Arbitrage difficile entre l’envie de faire un break des sténopés et le besoin de faire des photos grand format. J’ai donc revissé le vieil objectif allemand sur la vieille chambre russe. L’occasion de remettre la tête sous le drap noir et de jouer avec le plan de netteté. Tout ceci bien évidemment peinturluré de caffenol… Qui parlait d’obsession ?

Chambre FKD 13×18 cm
Leimeyr 240 mm @ f/4.5 1/30s
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Fond de combe

Ne pas négliger l’importance de la sérendipité en photographie. Partir avec seulement 4 chassis grand format chargés de papiers photo incite à prévoir ses lieux de recherche photographique, à avoir un but précis, une idée derrière la tête. Mais parfois (souvent ?) le meilleur arrive au détour d’un chemin, d’une combe, d’un lieu non programmé, quand la lumière frappe à contre jour les feuilles fraîchement bourgeonnées des branches et surligne les contours des hêtres. Cela me rappelle cet adage que j’oublie trop souvent : “go out and take pictures”, ainsi que le fameux conseil “wear good shoes” de David Hurn de chez Magnum. Cela me rappelle aussi mes premiers temps de découverte de la photographie, quand je partais sans but précis. De ces expéditions le nez au vent, je ramenais des images dont je ne rougirais pas aujourd’hui. C’est une bonne chose de réfléchir et de programmer ses séries et ses destinations, mais il est rare que l’heureuse combinaison des lumières et des lieux soit prévisible et se prête à l’anticipation. Se rappeler de rester ouvert à l’imprévu, même si en grand format il est mentalement difficile de sacrifier une des rares prises de vues pour une image qui n’était pas au programme.


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Le temps de la pensée

J’ai pour habitude de détester les analyses artistiques alambiquées, de celles qui ressemblent à des justifications a posteriori qui se saoulent de leurs propres mots. Pourtant je réfléchissais l’autre jour – encore – à la photographie au sténopé, au temps de pose long et à ses conséquences. J’étais occupé à faire un classement des différents temps de pose et des processus mentaux qui pouvaient y être associés. Je vous expose ici le fruit de ces réflexions, je crains qu’il ne ressemble lui aussi à une justification a posteriori, mais puisque j’en suis l’auteur, je ne parviens pas à la détester.

Pour l’immense majorité des photos que nous rencontrons, le temps de pose de la prise de vue est inférieur au quart de secondes. C’est logique : un temps de pose plus long nécessite l’utilisation d’un trépied, faute de quoi l’image sera floue. Depuis l’invention du gélatino-bromure à la fin du dix-neuvième siècle et son amélioration au début du vingtième, les films photographiques sont suffisamment sensibles pour permettre des temps poses assez courts pour la prise de vue à mains levées. Depuis ce temps, le trépied a été relégué dans l’attirail du photographe “pro”, et encore, pour des besoins spécifiques. Ainsi, les photos habituelles sont une capture de fines tranches de temps d’une fraction de seconde. Des instantanés. Que peut-il se passer mentalement pendant une fraction de secondes ? C’est le temps de la perception immédiate, de la sensation brute, physique. C’est le temps du signal nerveux, du reptilien. Même la peur n’a pas le temps de se manifester, le mouvement de recul précédera la peur qui le justifie. C’est le temps du réflexe.

Entre l’instantané et le sténopé, on trouve une catégorie intermédiaire et bâtarde : la pose longue, mais de durée modérée : seulement quelques secondes. On y trouve les photos floues, les filés, les poses nocturnes sur pied. La première différence porte sur l’utilisation d’un trépied, et le temps d’installation qu’il nécessite. C’est une préparation, une réflexion en amont. Mais la durée de la pose en elle même correspond au temps de l’émotion. En quelques secondes, on dépasse le temps de la sensation, l’émotion a pu s’installer, le cerveau mammalien s’activer. En quelques secondes, la joie, la colère peuvent s’exprimer, mais la compréhension reste balbutiante, les mots et les pensées n’ont pas le temps de s’organiser.

Enfin, nous arrivons sur les terres du sténopé sur papier, celui des poses de plusieurs minutes. À ce moment de la démonstration, vous avez bien compris que l’on arrive au stade de la pensée, de la réflexion, de la compréhension, celui du néocortex. Je sais bien que la théorie du cerveau triunique est périmée, mais autant terminer le parallèle. Après tout il s’agit d’un enfumage verbal, d’une justification a posteriori, ce ne sont pas des concepts scientifiques obsolètes qui vont m’arrêter. Donc, en plusieurs minutes vous avez le temps de vous interroger, d’imaginer. Le fil des pensées peut se dérouler, se construire. Le dialogue intérieur peut suivre son fil plus ou moins logique. Vous pouvez réfléchir à la signification – ou à l’inutilité – de ce que vous faites. Vous avez même le temps de discuter. (Au cours de cette photo de l’autre jour, quatre personnes sont venues me parler et m’interroger sur l’étrangeté et l’ancienneté de mon appareil). Le temps de la réflexion laisse aussi la place aux doutes propres aux sténopés : le cadrage sera-t-il tel qu’espéré ? l’exposition bien estimée ? Les doutes passés, si votre sagesse est suffisante, le temps restant pourra être consacré à l’imprégnation du lieu, de l’atmosphère et de l’instant. Il pourra, si vous êtes sages, être consacré à la sérénité.


Château de Mâlain
Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
4 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

31 mars

Ce début d’année a été calme, très calme en publications. Un peu de fatigue, de grippe, d’essais ratés, de cyanotypes, de refonte de mon site pro ainsi que de réflexions de fond sur les projets à venir sont les raisons de ce silence visuel.
Mais voici la fin de la trêve avec une photo d’actualité au sténopé (peut-être un concept à explorer) : le rassemblement place de Libération contre la loi travail.
L’occasion de ressortir l’attirail en bois et ce cher vieux caffenol dont l’odeur commençait à me manquer.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
12 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau