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Under the bridge

Encore et toujours dans la série des perfectionnement des ambrotypes secs à la vitamine C, retour à une émulsion plus simple qui fonctionne mieux. Reste à se pencher sur le révélateur, et sur le moyen d’éviter toutes les petites poussières venant se coller sur l’émulsion au cours du développement et du séchage…
Essais de bascule arrière, intéressant, mais pas forcément aisé pour la lecture de l’image. Difficile à gérer sur une vieille chambre qui n’a pas de mouvements sur le corps avant.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 1/2 seconde @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine

La tombe du libre penseur

Toujours dans la série des perfectionnement des ambrotypes secs à la vitamine C.
Cette tombe énigmatique est située à Mâlain, à côté de Dijon : une stèle de 4m de haut qui surplombe un petit mausolée. Elle est entourée d’inscription tout aussi énigmatiques, mais symboliques du courant de la libre pensée.

Je commence à mieux maîtriser ma petite affaire, mais il reste pas mal de perfectionnements sur la partie chimique, et aussi photographique : mettre à profit les possibilités artistiques de l’utilisation des mouvements de la chambre (bascules notamment), prendre le temps de mieux peaufiner les cadrages et les choix de prise de vue. Pour cela, il n’y a pas trente six solutions : de la pratique et des photos, sortir de la chambre noire quoi…

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 2 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine

Chucks & Contax

À défaut d’être une photo passionnante, cette image va faire date dans mon petit historique de photochimiste.
Il s’agit de mon premier positif direct sur plaque de verre entièrement réalisé artisanalement, et dont le rendu commence à me satisfaire.
— Émulsion au gélatino bromure d’argent préparée à la maison (précédemment j’achetais une émulsion toute faite de chez Tetenal).
— Étalement manuel et séchage dans une boite inactinique ventilée bricolée cet automne.
— Révélateur positif à la vitamine C formulé maison en combinant des infos trouvées ici et là et adapté pour obtenir un positif (précédemment j’utilisais pour partie du Dektol de chez Kodak).
— Fixateur maison à l’hyposulfite.
Le rendu et l’objet obtenu se rapprochent de ce qu’on appelle un ambrotype : une image positive directe sur plaque de verre. Cette technique date de 1850, elle était initialement réalisée au collodion humide et non pas à la gélatine. Les émulsions à la gélatine n’ont été inventées que vers 1870, et ont été utilisées essentiellement pour la réalisation de négatifs. En faisant quelques recherches, j’ai cru comprendre que des photos positives ont été réalisés sur une base de gélatine aux environs de 1890 et jusqu’au début du XXe. Ces images étaient faites par des photographes de rue sur des plaques de métal (ferrotypes), voir de carton, car moins fragiles. C’était l’ancêtre du photomaton : les gens repartaient avec leur portrait. Malheureusement je n’ai trouvé aucune indication précise de la méthode de révélation utilisée.
Cette image est donc issue d’une méthode semi-anachronique : elle imite une technique de 1850, sur la base d’une technique de 1870 et anecdotiquement utilisée en 1890 sur plaque de métal, avec une technique de révélation issue de recettes modernes reformulées pour utiliser des produits peu toxiques…

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 3 secondes @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine

Téléphone d’alarme #3

Toujours dans la série des ambrotypes sur gélatino bromure d’argent.
Depuis quelques jours, je travaille sur un révélateur peu toxique, à base de vitamine C.
Ça marche plutôt pas mal. Encore perfectible pour la brillance. Également des progrès à faire sur l’exposition : elle est difficile à juger car dépendante des UV, et très sensible aux contre-jours.
Fixation à l’hypo fait maison. Il ne me reste plus qu’à travailler une émulsion home made. C’est pour bientôt…

Je me demandais encore l’autre jour ce qui me poussait à passer autant de temps sur ces techniques. Je crois avoir trouvé un des éléments : je trouve que le rendu est plein de poésie. Bien entendu, cela ne dispense pas de soigner le sujet et le cadrage, mais il y a une sensation immédiate de nostalgie, et toujours la joie de sortir un bel objet du bain de fixateur…

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm @ f/4,5
Ambrotype à la gélatine

De travers

Certains d’entre nous sont peut-être comme ces troncs biscornus : jeunes pousses jadis obligées de pousser de biais pour éviter un obstacle, un danger. Une fois adultes, ils restent figés dans cette position, alors que plus rien de tangible ne reste de ce qui les a mis de travers. Ils sont l’image de leurs parcours et gardent en creux la trace des obstacles rencontrés. À la différence des arbres, ils peuvent se redresser, à moins qu’il ne soit plus intéressant d’être un peu bancal.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm f/4,5
15 secondes @f/4,5
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

La passerelle

Cette fois avec un drap noir, un niveau, et un déclencheur souple.
Confirmation également de la haute aptitude de Boris à briser la glace avec les passants.
Question ouverte : le flou de premier plan, pour ou contre ? Justifiez votre réponse.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm f/4,5
1/10 secondes @f/4,5
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Danger de mort

J’ai rêvé l’autre jour que je me faisais électrocuter. Par deux fois. La sensation était étrange. Quelques pensées le temps de tomber au sol, paralysé : mince, je suis électrocuté… je vais mourir ? ah finalement non… ça ne fait pas si mal… quoi, une deuxième fois !?

Aujourd’hui je cherchais un point de vue pour une photo à la chambre avec le nouvel objectif que j’ai acquis. Il est équipé d’un obturateur, ce qui me permet de faire des photos à pleine ouverture en plein jour. Je me suis arrêté au milieu de ce pont, visualisant mentalement l’image ci-dessus. Je n’ai repensé à ce rêve qu’en rentrant, bien après avoir remballé le matériel.

Outre ce petit rappel inconscient, un autre rappel : rien n’est jamais acquis, surtout quand on pense maîtriser son sujet. Voilà donc les erreurs que l’on peut faire en plein jour :
— mal cadrer en pensant qu’on peut s’abstenir de mettre la tête sous le drap noir (à la fois parce qu’on pense voir suffisamment bien le verre de visée, et parce qu’on a un peu honte de se mettre dessous quand la plupart des voitures ralentissent pour regarder) ;
— oublier que même si 1/10ème de secondes est assez court avec un trépied, cela laisse tout de même le temps d’un flou de bouger si on actionne le déclencheur sans précaution.
Le maître mot est donc de toujours prendre son temps.

Malgré ces évidents défauts, j’aime bien cette image. C’est un des avantages des photos à la chambre : je n’en fait qu’une ou deux à la fois, chacune a donc son importance et son histoire – à mes yeux en tout cas – et jusqu’ici, chacune est une leçon.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm f/4,5
1/10 secondes @f/4,5
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Neuf minutes de route

Si je devais expliquer rationnellement pourquoi faire des photos au sténopé, je mettrais en avant les particularités des images obtenues.

La première d’entre elle serait l’aspect diffus et onirique des images. Elles ne sont pas parfaitement piquées tout simplement parce que le plus petit détail ne peut pas être plus fin que la taille du sténopé. Ce flou, comme toute autre dégradation d’une image, peut facilement être imité informatiquement. Passons donc à la particularité suivante.

Les images au sténopés ont beau ne pas être très nettes, elles ont la même netteté de 0 à l’infini. Ceci permet de cadrer des objets extrêmement proches en gardant l’infini aussi net. Intéressant. Mais les smartphones ont des capteurs tellement petits qu’ils peuvent obtenir un effet quasiment identique. Voyons la suite.

Il s’agit cette fois de l’angle de vue. Les sténopés permettent des images ultra grand angles rectilinéaires. C’est à dire que le champ de vision de l’image est très large, comme celle d’un fish eye, mais sans la déformation arrondie caractéristique. Cette particularité est plus difficile à imiter. On peut l’obtenir soit avec un fish eye et une correction informatique, soit avec un objectif très onéreux, soit en associant plusieurs images avec un logiciel d’assemblage panoramique. Complexe ou onéreux. Voilà donc un point avantageux du sténopé.

Le dernier d’entre eux est le temps de pose. Il est très long. En quoi est-ce un avantage ? Cela peut en devenir un si on met à profit cette caractéristiques pour visualiser le passage du temps. L’association d’un sténopé avec un papier négatif peu sensible permet d’obtenir des temps de pose extrêmement longs : 3 minutes en plein soleil, jusqu’à 12 minutes par temps couvert, plusieurs heures en intérieur. Difficile d’atteindre ces temps de pose avec un appareil classique. Même les filtres x1000, opaques comme des masques de soudeur, ne permettent pas de monter à plus d’une ou deux secondes en plein soleil. C’est sans doute le point le plus intéressant, amusant, mais moyennement rationnel. Une image au sténopé n’est plus un instantané, mais un enregistrement du temps. On doit attendre à côté de l’appareil. Patienter, discuter avec les curieux, j’ai même lu que certains en faisaient une méditation…

J’avoue ne pas avoir consciemment tenté de combiner toutes ces particularités dans l’image ci-dessus, mais je me suis rendu compte qu’elles y étaient presque toutes : le flou onirique, le très grand angle (environ 15mm) qui donne l’impression qu’une C3 est une grosse berline allemande, et le temps de pose de 9 minutes. Voilà qui me donne des pistes sur les prochaines images au sténopé : toujours mettre en avant une ou plusieurs de ces particularités, mettre à profit l’outil.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
9 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau