Archives par étiquette : grand format

Monte Isola #2

A l’aller, je repère ce petit ponton, un peu à contre jour, devant un stand de glace. Je n’ose pas installer la chambre : trop de clients sur le stand. Au retour, les clients sont partis, il reste les tenanciers qui discutent, j’ose y aller, et demande en anglais si je peux prendre une photo. Ils ne parlent pas trop anglais, mais apparemment oui : « Si, fotografia, OK ! » Le plus jeune me parle de son père, je ne comprends pas bien, mais le voici justement qui débarque en caleçon de bain pour aller se laver dans le lac. Il pose sa serviette sur un des poteaux, je termine de cadrer comme je peux, personne ne semble interloqué par mon vieil attirail. « Fresca ! » dit-il, je suppose qu’elle est froide et souris. Le fils me reprécise que c’est son père, visiblement très fier, c’est vrai que l’ancien a l’air en pleine forme. Je souris à nouveau. Difficile communication sans langue en commun. J’aurais sans doute dû leur demander de poser sur la photo, elle aurait été moins vide… Peut être une autre fois.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr 240 mm @ f/4.5 1/20s
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Monte Isola

Arbitrage difficile entre l’envie de faire un break des sténopés et le besoin de faire des photos grand format. J’ai donc revissé le vieil objectif allemand sur la vieille chambre russe. L’occasion de remettre la tête sous le drap noir et de jouer avec le plan de netteté. Tout ceci bien évidemment peinturluré de caffenol… Qui parlait d’obsession ?

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr 240 mm @ f/4.5 1/30s
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Vaisseau spacial

La photographie grand format est comme une addiction. On en veut toujours plus, toujours plus grand. Difficile d’expliquer la sensation de voir une image qui a été directement créée en grand format, et non pas agrandie. L’effet est impossible à rendre avec un fichier numérisé. L’image d’un appareil reflex, ou pire d’un téléphone, fait quelques dizaines de millimètres, elle doit être agrandie pour être visionnée. C’est l’inverse pour le grand format. Il faut tenir entre les mains une plaque ou un négatif 18×24 pour (éventuellement) le comprendre. Par exemple, l’image ci-dessus a été réduite pour être visionnée sur un écran. On doit procéder à une réduction numérique…
Je ne sais pas où je vais m’arrêter dans cette course au format. Pour le moment le passage du 13×18 au 18×24 m’amuse suffisamment pour ne pas encore envisager les formats gigantesques.

Appareil sténopé maison 18×24 cm
Sténopé 0,44 mm
30 secondes d’exposition
Papier Ilford RC
Révélateur à la vitamine C

Le palais

Une pause un peu longue due à pas mal de boulot, ainsi qu’à un travail perso qui suit son cours et qui nécessite entre autres la fabrication d’un appareil photographique à sténopé. Cette étape est bientôt finie.
Petit test de la bestiole afin d’alimenter le blog : ça fonctionne.

Appareil sténopé maison 18×24 cm
Sténopé 0,44 mm
1 minute d’exposition
Papier Ilford RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Transept sud

L’argent du beurre, sans faire le beurre.
On connait tous le dicton : vouloir le beurre et l’argent du beurre, ainsi que ses variantes incluant la crémière. Mais on oublie souvent ce qui précède, à savoir la fabrication du beurre. Vouloir le beurre et l’argent du beurre est une problématique de commerçant. L’ouvrier n’est pas concerné : il a d’abord le beurre à baratter. J’ai l’impression que la plupart du temps, ce n’est pas tant qu’on voudrait le beurre et l’argent du beurre. D’ailleurs, que ferait-on de tout ce beurre ? Il n’y a plus de place dans le frigo, et il faut éviter de manger trop gras, trop salé, trop sucré. Non, on ne voudrait pas les deux : on voudrait juste l’argent du beurre, mais sans avoir à faire le beurre. Le patron de la crèmerie y arrive assez bien. Mais si l’on n’est pas patron, il faut bien mettre la main à la pâte, ou dans la crème pour ce qui nous concerne. Déjà, avant d’avoir la crème, il faut traire la vache, puis écrémer le lait en le laissant reposer ou en le centrifugeant, c’est là qu’on obtient la crème. Ensuite il faut l’agiter pour inverser la phase et former le beurre. Mais on n’a pas encore terminé : il faut le laver pour le séparer du babeurre, le malaxer pour en faire une pâte homogène, puis, enfin, le mouler pour obtenir cette petite brique de gras. C’est du boulot. Dans la vraie vie, le parallèle, c’est que nous voudrions le talent sans le travail, le succès sans l’acharnement, la célébrité sans les courbettes, l’argent sans le risque, la passion sans l’isolement, la sérénité sans l’expérience, l’expérience sans l’échec. Mais ça ne fonctionne pas ainsi. Pour tout cela, il y a bien plus de phases et de temps que pour la fabrication du beurre.
Après cette démonstration lipidique, on se retrouve incidemment avec cette vieille expression encore plus rance que le beurre invendu : on n’a rien sans rien.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
3 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

La clairière

Ne pas négliger l’importance de la préparation et de la persévérance en photographie. Partir avec seulement 4 châssis grand format chargés de papiers photo incite à ne pas photographier n’importe quoi, à ne pas gâcher du temps et du papier. Mais parfois, même en ayant une idée en tête, la lumière ne se prête pas au sujet que l’on a repéré. Lors de mon premier passage dans cette clairière, la lumière était à contre jour, éclairant seulement la marre par taches et plongeant le bâtiment dans l’ombre. Une approximation à la louche de la course du soleil dans le ciel m’a indiqué que le matin serait plus propice à une belle mise en lumière. J’aurais pu me décourager, mais le lieux était suffisamment magique pour m’inciter à y retourner spécialement dans les bonnes conditions. J’y suis donc retourné deux jours plus tard, juste à temps avant le contre jour.

La photo de ce lavoir est le parfait miroir de la photo de la dernière fois au cours de laquelle je parlais de sérendipité, et qui justement a été prise de manière imprévue non loin de ce lavoir lors de ma première tentative ratée. Les contre jours peuvent parfois avoir leurs bons côtés.

(Pour ceux qui souhaiteraient se rendre dans ce minuscule havre de paix, il se situe à Curtil-Saint-Seine, dans une combe au bout du chemin qui part de l’église).


Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
15 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Saint Michel

Est-ce le printemps ? Le soleil ? La température ? Retour de la motivation avec une grande escapade à 100 mètres de chez moi. Ces chères cloches qui rythment les heures de mon quotidien. Au passage un petit test d’exposition et son impact sur le contraste : eh bien disons que ça contraste ! Peut être une possibilité d’en obtenir un cyanotype valable. Hâte de tester ça !

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
2 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Le vieil escalier

On me fit remarquer un jour que j’étais quelqu’un d’obsessionnel. Sur le coup, je me souviens très bien avoir rejeté cette idée saugrenue, non sans un fond de vexation. Aujourd’hui, après tout ce temps passé à peaufiner une méthode anachronique et chronophage, après un énième loupé de fabrication de gélatine qui n’entame aucunement ma motivation, je crois que je dois me faire à l’idée : je suis effectivement obsessionnel. C’est assez indolore (bien que ce ne soit pas forcément l’avis de mon entourage) et surtout indispensable à la bonne continuation de mes activités de photochimiste. Sans un minimum d’obsession pour l’apparition d’une image ambrée en suspension sur une plaque de verre, j’aurais lâché l’affaire depuis bien longtemps.

Chambre FKD 13×18 cm
Leitmeyr Doppel Anastigmat Sytar 240mm, 60 secondes @ f/4,5
Ascorbotype : ambrotype à la gélatine artisanale, développé à l’acide ascorbique

Zumaia #2

Si les photos que nous prenons sont le reflet de notre état intérieur, ce jour de juillet 2015, je devais être mal cadré, imprécis, océanique, solitaire, pictorialiste (voir surréaliste) et flou.
Pour le cadrage aléatoire, j’expliquais sous cette photo de Rocamadour, que la visée était hasardeuse, et d’autant plus quand l’image était verticale. En voilà une belle preuve…
Pour le surréalisme, ce terme m’est venu car j’ai remarqué que Flickr s’amusait à mettre des tags automatiques sur les photos, et le terme surréalisme revient régulièrement sur ma galerie. Je ne sais pas quel algorithme visuel permet ce type de conclusion, mais ça me plait assez.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau

Zumaia #1

[Suite des digressions sur la prise de vue au sténopé.]
Quand on travaille au sténopé, il convient d’oublier les principes habituels de la photographie : choix du moment, isolement du sujet par le cadrage et la mise au point, tout ceci est impossible à utiliser, ou en tout cas à choisir avec précision.
Dans la photo classique, le champ de vision relativement réduit demande de réfléchir à un choix de cadre, de sélectionner la portion du monde qui nous entoure qui constituera la photo. Au sténopé grand angle, il n’y a pratiquement pas de sélection possible, c’est l’intégralité de ce qui se trouve face à l’appareil qui constituera l’image. Plus qu’un cadrage, c’est donc un endroit qu’il faut choisir : la barycentre visuel du lieu à photographier.
Dans mes photos classiques, je travaille souvent à grande ouverture, parce que j’aime obtenir une profondeur de champ réduite qui isole un élément de l’image par sa netteté ressortant du flou d’arrière plan. Au sténopé, il n’y a pas de mise au point. Tout est également net – ou peu net, c’est selon. Là encore, c’est le lieu dans son ensemble qui s’impose au sténopé, un enregistrement brut du monde alentour. Pas d’astuce possible autre que le placement le plus frontal et intégré au sujet pour le mettre en avant.
Enfin, dans la photo classiques, on choisit le moment de la prise de vue, celui-ci étant une infime tranche de temps d’une fraction de seconde. Au sténopé sur papier, la sensibilité associée à la petitesse du trou d’épingle nécessitent des temps d’exposition d’un minimum de 3 minutes en plein soleil. Il est donc impossible de figer un instant, le sténopé enregistre le passage du temps, lisse les mouvements, le glissement des nuages, le balancement des branches.
Oublier ces considérations est la cause des ratés sténopesques. Ces photos au manque d’impact, où l’on a oublié qu’il ne suffit pas de pointer la boite en bois dans une direction, mais que tout le travail est de sentir le point névralgique et le moment qui méritent d’être happés.
L’abandon de ces choix intrinsèquement liés à la photographie peut être inquiétant tant qu’on tente de garder un contrôle, mais si l’on dépasse ce cap, il devient au contraire apaisant, summum du lâché prise photographique.

Chambre FKD 13×18 cm
Sténopé 0,3 mm
5 minutes d’exposition
Papier Foma RC
Développement au Caffenol CM appliqué au pinceau